Maroc : manifestations à Jerada et à Meknès

07 Février 2018

Vendredi 2 février, plusieurs milliers de personnes se sont de nouveau rassemblées à Jerada pour crier leur indignation, après qu’un troisième mineur a trouvé la mort dans son puits clandestin de charbon. Le même jour, des travailleuses du textile licenciées étaient des centaines à manifester leur colère à Meknès.

Malgré un déploiement des forces de police destiné à les impressionner, les habitants de Jerada restent mobilisés depuis plus d’un mois. Ils dénoncent le chômage massif dû à la fermeture en 2 000 de la mine de charbon employant des milliers de personnes dans la région, qui les oblige à creuser des puits clandestins pour survivre.

Ils dénoncent aussi les factures d’eau et d’électricité impossibles à payer tant elles sont élevées, la corruption qui permet à certains élus locaux d’accaparer les permis officiels d’exploitation du charbon et de s’enrichir de manière éhontée en revendant le charbon extrait clandestinement. Ils demandent une véritable alternative économique aux « mines de mort » et un service de santé de qualité pour prendre en charge les nombreuses pathologies des mineurs.

Dans la région de Fès et Meknès, c’est le secteur du textile qui subit le chômage de plein fouet. L’entreprise Sicome a fermé ses portes en novembre 2017, jetant à la rue près de 700 travailleuses auxquelles elle doit quatre mois de salaire. Depuis, celles-ci se relaient en sit-in devant le siège de l’entreprise, pour dénoncer la situation et exiger du gouvernement qu’il trouve une solution. Vendredi 2 février, elles étaient de nouveau rassemblées pour interpeller les autorités devant la mairie de Meknès. Quand le représentant des autorités est allé à leur rencontre, vêtu des symboles du pouvoir que sont le tarbouche rouge et la djellaba blanche, il ne les a pas impressionnées. « Dégage ! », « Voleur ! », c’est sous ces quolibets, cerné par les manifestantes, qu’il a dû être exfiltré par la police !

Les habitants mobilisés du Rif, de Jerada ou de Meknès dénoncent les maux – le chômage, la vie chère, la corruption des autorités – qui touchent tout le Maroc et rendent la vie des travailleurs de plus en plus impossible. Les habitants de Jerada ne s’y sont pas trompés. Loin de mettre en avant les spécificités de leur région, ils font le lien avec le Hirak (le mouvement) du Rif et reprennent son slogan : « La mort plutôt que continuer à subir l’humiliation ! »

Valérie FONTAINE