Italie : avant les élections, les thèmes racistes à l’honneur

07 Février 2018

Les élections législatives auront lieu en Italie le 4 mars. Après plusieurs années de gouvernement du Parti démocrate de Matteo Renzi, dont la politique a largement déçu et même dégoûté son propre électorat, elles pourraient se solder par un succès des partis de droite, qui ne manquent pas de développer leurs thèmes réactionnaires et racistes, notamment en s’en prenant aux migrants.

Ainsi, droite et extrême droite dénoncent le prétendu laxisme du gouvernement à l’égard de la délinquance, en faisant l’amalgame avec l’immigration. Elles n’hésitent pas à s’emparer des faits divers les plus sordides, en spéculant sur les peurs qu’ils peuvent susciter dans l’opinion. C’est le cas avec ce qui vient de se produire a Macerata, en Italie centrale.

Ainsi, fin janvier, une jeune fille de 18 ans, Pamela Mastropietro, est morte d’overdose au domicile d’un jeune dealer nigerian, avant que celui-ci ou d’autres ne se débarrassent du cadavre en le découpant et en abandonnant les morceaux dans des valises déposées sur la route. Sans attendre même de savoir de quoi la malheureuse était morte, le leader de la Ligue du Nord, Matteo Salvini, a saisi l’occasion de cet horrible fait-divers pour appeler à l’expulsion de tous les immigrés et accuser la gauche d’avoir du sang sur les mains. La dirigeante du parti fascisant d’extrême droite Fratelli d’Italia (Frères d’Italie), Giorgia Meloni, a renchéri sur le même thème.

Puis, samedi 3 février, c’est un des admirateurs de Salvini, Luca Traini, qui est sorti au volant de sa voiture dans les rues de Macerata, tirant au fusil automatique sur les migrants africains qu’il rencontrait et en blessant plusieurs. Rapidement arrêté, cet ex-candidat sur les listes de la Ligue du Nord s’était affublé d’un drapeau italien avant d’agir, selon ses dires, pour venger Pamela. Il s’est surtout avéré qu’il était un admirateur fervent et assumé du nazisme, tatoué d’un symbole SS et connu dans le gymnase qu’il fréquentait pour sa passion du salut romain.

Pas vraiment gêné par le haut fait de son admirateur, Salvini ne s’en est démarqué que pour ajouter aussitôt que, s’il y a un coupable, « c’est le gouvernement, qui a laissé entrer sans aucun contrôle des centaines de milliers de clandestins ». Berlusconi, dont le parti Forza Italia est concurrent de Salvini mais fait partie de la même coalition électorale, lui a emboîté le pas sur le même thème, déclarant que « 5 % seulement de ceux qui sont en Italie, environ 30 000, en ont le droit car ils sont des réfugiés. Les autres 600 000 représentent une bombe sociale car ils vivent d’expédients et de délits. » Le pluri-condamné Berlusconi, connu pour ses liens avec la Mafia, promet sécurité et légalité aux citoyens italiens sur le dos des migrants : si lui et son acolyte Salvini arrivent au pouvoir, ils se chargeront de les renvoyer chez eux et de leur interdire l’accès aux côtes italiennes.

La droite se sent d’autant plus à l’aise pour développer et exploiter un climat de peur que la gauche officielle elle-même reste discrète, se bornant à des appels au respect de la légalité. Quant à l’autre concurrent, le Mouvement cinq étoiles de Beppe Grillo, représenté pour ces élections par le jeune arriviste Luigi Di Maio, il s’est depuis longtemps aligné sur les positions anti-immigration de la droite. Si l’on ajoute que la presse et les médias ne manquent pas d’exploiter le moindre fait pour le monter en épingle, tous concourent ainsi à faire du thème de l’immigration le centre de la campagne électorale, en faisant de celle-ci la seule responsable de la profonde dégradation de la situation sociale que toute la population peut ressentir. Sur ce plan, il est vrai, ni la droite ni le Parti démocrate, que l’on a du mal à qualifier de « gauche », n’ont quoi que ce soit à proposer.

Enfin, ce n’est pas sur les médias qu’il faut compter pour savoir que toute l’Italie, heureusement, n’en est pas à hurler avec les loups. À côté des habitants de Macerata qui ont été décrits comme comprenant le geste du tireur du 3 février, d’autres ont manifesté en prenant la défense des immigrés. À Gênes, le même samedi, plusieurs milliers de manifestants ont défilé au centre-ville pour dénoncer les agressions des groupes fascisants, qui eux aussi se sentent le vent en poupe. Et, de fait, cette droite agressive et déjà sûre d’elle, y compris avec ses petits nazis qui se sentent autorisés à tirer à vue sur les Noirs, est un danger pour toute la population et pour les travailleurs.

André FRYS