Calais : rixes et violence d’État

07 Février 2018

Jeudi 1er et vendredi 2 février, des rixes ont éclaté à Calais entre des migrants afghans et africains, faisant vingt-deux blessés, dont cinq Érythréens de 16 à 18 ans. Quatre d’entre eux sont toujours dans un état critique.

Venu sur les lieux le vendredi, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a fustigé en bloc les migrants qui se regroupent par communauté, les associations qui leur viennent en aide et les passeurs « organisés en chefs de bande ».

Que les premières bagarres aient été déclenchées par des passeurs, pour le contrôle des voies de passage, est avéré. Et cela d’autant plus que, en deux semaines, le nombre de migrants était passé de cinq cents à huit cents personnes. En effet les propos ambigus tenus par Macron lors de sa visite à Calais le 16 janvier, promettant que les dossiers de mineurs pourraient être réétudiés, avaient incité certains à tenter à nouveau leur chance pour gagner la Grande-Bretagne.

Il est évident aussi que la situation ne peut être qu’explosive, lorsque sont regroupées plusieurs centaines de personnes totalement démunies et qui vivent là dans des conditions indignes d’hygiène et de sécurité. Tout comme il est naturel que les migrants, perdus dans un pays dont presque tous ignorent la langue, se regroupent par communauté.

Que propose le gouvernement pour mettre fin à cette situation inhumaine ? De ne plus venir à Calais, a répondu Collomb, comme si son message pouvait être entendu par les migrants en quête d’un passage vers la Grande-Bretagne ! Et concrètement, la violence n’est pas d’abord dans le camp des réfugiés. C’est quotidiennement que la police est chargée de les faire fuir en détruisant leurs abris et en dispersant les moindres regroupements, même pacifiques. Les associations qui leur viennent en aide font l’objet de calomnies, accusées de créer des « organisations sauvages » lors de la distribution des repas, voire même de fermer les yeux sur les conditions dans lesquelles les « migrants mangent et dorment », pour reprendre les propos de la maire de Calais Natacha Bouchart.

Telle qu’elle est, la situation est inextricable et ne peut être que source de nouvelles violences. La seule réponse à donner, pour éviter que les migrants se bousculent dans les ports desservant la Grande-Bretagne, serait de leur accorder la liberté de circulation et, pour ceux qui le désirent, de leur faciliter l’intégration ici, dans ce pays, en commençant par leur donner des permis de séjour et de travail.

Marianne LAMIRAL