Briançon : solidarité avec les migrants

07 Février 2018

Dans le Briançonnais, un mouvement de solidarité avec les migrants s’était déjà exprimé publiquement le 17 décembre dernier, lors de la cordée solidaire traçant la piste vers le col de l’Échelle qu’empruntent ceux qui cherchent à franchir la frontière franco-italienne. Il n’a pas cessé depuis de se développer.

Ces migrants, souvent originaires d’Afrique de l’Ouest, ont dû surmonter la traversée du Sahara, passer par les camps en Libye, traverser la Méditerranée sur des bateaux gonflables. Pour les aider à franchir les Alpes, des gens de tous horizons se mobilisent de chaque côté de la frontière. Beaucoup ont découvert le problème presque par hasard, comme ce pisteur qui, en conduisant sa dameuse, est tombé sur ces hommes transis de froid ne portant qu’un maigre blouson et des baskets pour affronter des températures descendant en dessous des -20° ; ou encore ces parents d’élèves touchés par la révolte de leurs enfants souhaitant se rendre aux manifestations de soutien aux migrants.

Un courant de solidarité s’est ainsi organisé, pour déposer des vivres et des équipements sur leur chemin, pour secourir y compris en pleine nuit, pour soigner, pour héberger même durablement, pour donner des rudiments de français ou une aide juridique à ces damnés de la terre. « Nous ne pouvons pas laisser des gens mourir à nos portes », résumait l’un d’entre eux.

Car c’est bien ce que l’État français fait aujourd’hui, refusant de prendre en charge les mineurs comme le devrait la Protection de l’enfance, empêchant les autres de déposer une demande d’asile en postant sur leur chemin des gendarmes et des agents de la Police de l’air et des frontières pour les renvoyer de l’autre côté de la frontière, même en plein désert englacé.

La politique de contrôle accru des frontières de l’État français s’est aggravée sous prétexte de lutte contre le terrorisme. Elle a abouti à la fermeture du passage par Vintimille et par la vallée de la Roya. Les migrants sont condamnés à prendre de plus en plus de risques en passant par le col de Montgenèvre et surtout par celui de l’Échelle. Pour contourner la présence policière qui s’y déploie, les migrants doivent emprunter des chemins toujours plus dangereux.

Face à cette politique inhumaine, ces habitants du Briançonnais montrent qu’on peut agir collectivement, qu’il est possible de refuser cette société où il devient criminel de chercher à sauver sa peau quand on vient d’un pays ravagé par la guerre et la misère, et qui juge parfois comme un délit le simple fait de tendre la main pour sauver des vies.

Gilles BOTI