Pologne : offensive contre les droits des femmes

31 Janvier 2018

En Pologne, le gouvernement ultraconservateur vient de reprendre l’offensive pour limiter encore plus le droit à l’avortement. Jusqu’à présent, depuis 1993, l’avortement était interdit sauf dans trois cas : viol, danger pour la vie de la mère, et malformation du fœtus. Fin 2016, la tentative du gouvernement d’interdire totalement l’avortement avait déclenché la colère. De grandes manifestations de femmes, et d’hommes aussi, dans plusieurs villes avaient fini par faire reculer le gouvernement.

Celui-ci a cependant continué à satisfaire le clergé et l’électorat conservateur, en rendant impossible la fécondation in vitro, en imposant la vente sur ordonnance de la pilule du lendemain, en interdisant les cours d’éducation sexuelle, jusque-là facultatifs.

Début janvier, deux propositions de loi arrivaient au Parlement, ayant recueilli chacune plus de 100 000 signatures comme la loi l’exige. L’une, provenant du collectif Sauvons les femmes, avec 500 000 signatures, venait du mouvement féministe renforcé par la lutte de 2016. Elle préconisait d’autoriser à nouveau l’avortement jusqu’à douze semaines de grossesse, comme c’était le cas avant 1993. L’autre proposition, avec 800 000 signatures et le soutien ouvert du clergé, demandait l’interdiction de l’avortement pour malformation du fœtus, ce qui rendrait impossible 95 % du millier d’avortements pratiqués aujourd’hui en Pologne. On estime que 100 000 avortements clandestins sont pratiqués chaque année, en partie à l’étranger, en partie en Pologne, dans des conditions souvent épouvantables.

Il y a donc eu un vote du Parlement polonais sur l’examen de ces projets. Celui libéralisant l’avortement a été refusé à quelques voix près, 39 députés des partis libéraux d’opposition n’ayant pas participé au vote. Certains se sont abstenus. Quelques-uns ont même voté contre le projet, alors que ces partis, depuis l’arrivée au pouvoir du parti ultraconservateur Droit et justice (PiS) en 2015, prétendent incarner la défense des droits et des libertés de la population, qu’effectivement le PiS piétine. Au contraire, 58 députés du PiS ont voté pour l’examen du projet, peut-être pour redorer l’image du parti sans mettre en péril son gouvernement. En revanche, l’autre projet de restriction de l’avortement a été accepté pour discussion.

Dès le samedi 13 janvier, 2 000 personnes, en majorité des femmes, manifestaient à Varsovie, allant en particulier au siège des deux partis libéraux (PO et Noweczesna) et criant les noms des députés n’ayant pas soutenu le projet en y ajoutant « Honte ! » et « Démission ! » D’autres manifestations avaient lieu dans des villes de province. Et à nouveau, mercredi 17 janvier, à Varsovie et en province, des femmes manifestaient, demandant la liberté de l’avortement, et clamant « L’opposition c’est nous ! »

En effet la pleutrerie de l’opposition libérale à propos de l’avortement n’est pas nouvelle. Entre 1993 et 2018, ces partis dits libéraux se sont trouvés à plusieurs reprises en situation de diriger le gouvernement et, alors majoritaires au Parlement, ils n’ont jamais modifié la loi. Dans un autre domaine, lorsqu’elle a été au pouvoir, cette opposition libérale a multiplié les mesures antiouvrières, privatisant par exemple les entreprises, réduisant les acquis sociaux, défendant les intérêts des capitalistes polonais et européens, tout en prenant pour modèle le fonctionnement politique des pays d’Europe occidentale.

Ce n’est que sur leurs luttes que les femmes, tout comme le reste de la population travailleuse de Pologne, peuvent compter pour défendre leurs droits.

Nelly MEYER