Logement : le retour du surpeuplement

31 Janvier 2018

Le rapport annuel de la fondation Abbé-Pierre, publié le 30 janvier, pointe le retour à des logements surpeuplés comme symptôme d’aggravation de la crise du logement.

Outre les familles qui s’entassent dans des squats illégaux, les premiers touchés sont les travailleurs immigrés qui vivent en foyer. Ceux qui n’ont qu’un logement précaire sont également en première ligne : ce sont la moitié des 700 000 ménages qui vivent dans un garni, un hôtel, en meublé, en sous-location, ou dans l’une des 7 000 chambres de bonne de Paris dont la surface est inférieure à 9 m2. Le surpeuplement dans les logements touche aussi près d’un million de personnes dans le parc locatif privé et 17 % des locataires, soit 790 000 ménages, dans les HLM. Enfin, près de 500 000 ménages propriétaires de leur logement, souvent sans avoir terminé de le payer, y vivent à l’étroit, mais leur salaire ou ce qu’ils touchent en étant en chômage ne leur permet pas de chercher autre chose, même quand leur famille s’agrandit.

Un tel constat est à rapprocher de la construction de logements, car tout récemment le gouvernement a donné des chiffres de mises en chantier au cours de l’année 2017, en progression de 15,7 % par rapport à l’année précédente. Elles atteindraient 418 900, un chiffre dépassé seulement deux fois en quinze ans. Mais la majorité de ces logements neufs sont inaccessibles financièrement et, parmi eux, les logements sociaux ne représentent qu’un quart. Leur nombre est même en diminution de 8 % en 2017 et leur loyer est de plus en plus cher.

Plus de 1,4 million de ménages avaient une demande de HLM en attente en 2013, en augmentation de 18 % par rapport à 2006 et de 37 % par rapport à 2001. Une partie des travailleurs sont ainsi repoussés vers les logements privés, aux loyers exorbitants. Or, dans une société capitaliste incapable de payer aux travailleurs de quoi se loger correctement, le logement social était ce que la bourgeoisie pouvait proposer de mieux, avec des « aides à la pierre » pour que l’État prenne en charge une partie du coût de la construction ou des aides personnalisées selon le locataire. Aujourd’hui, offrir aux couches populaires au moins ce palliatif pour se loger est considéré comme superflu.

Jean SANDAY