Égypte : campagne contre l’athéisme…

31 Janvier 2018

Fin décembre dernier, le tribunal des affaires familiales du Caire prenait la décision d’enlever la garde de ses enfants à une jeune femme de la Ville-du-Six-Octobre, pour cause d’appartenance à un groupe athée.

Comme d’autres youtubers ou bloggers égyptiens arrêtés et condamnés pour les mêmes raisons le démontrent, une campagne contre le droit de ne pas croire se développe en Égypte. La commission des affaires religieuses au sein du Parlement a annoncé il y a peu qu’elle avait, avec la bénédiction de la haute autorité sunnite d’al-Azhar, mis au point une loi pénalisant l’athéisme. En effet, une telle loi n’existait pas jusqu’à présent dans l’arsenal législatif égyptien. Mieux, la Constitution du pays garantit pour l’instant la liberté de croyance.

Maintenant les non-croyants, agnostiques ou athées, sont visés : c’est pour blasphème que ceux qui osent affirmer publiquement leurs doutes sur l’existence d’un dieu sont jusqu’à présent condamnés. L’un d’eux, Ahmed Harqan, un jeune libre-penseur venu d’Arabie saoudite, arrêté et torturé pour avoir affirmé son athéisme, dénonce l’influence des prédicateurs virulents qui, à la télévision, menacent les athées. Une ONG signale d’autres affaires récentes ayant touché des personnes soupçonnées d’athéisme ou qui le revendiquent.

Cette intolérance n’est pas nouvelle dans la société égyptienne, mais elle est maintenant encouragée par les autorités étatiques, comme la campagne actuelle le démontre, relayée par la presse favorable au pouvoir en place, la seule qui puisse s’exprimer librement dans le pays. Lancer l’opinion publique aux trousses des non-croyants, comme une fraction obscurantiste l’est déjà à celles des Coptes, est une grossière ficelle aux mains de Sissi et de l’état-major au pouvoir. Elle vise sans doute à détourner l’attention de la population, en particulier de son immense majorité de plus en plus pauvre, du prix des denrées, du chômage, du blocage des salaires et de la privation de beaucoup de libertés élémentaires. Et cette campagne servira peut-être à en lancer une autre, celle pour la réélection de Sissi. Celui-ci vient opportunément de se trouver pour seul concurrent Moussa Moustafa Moussa, dirigeant du petit parti Ghad, qui s’était jusqu’à présent déclaré soutien de Sissi.

Dieu reconnaîtra les siens… mais le maréchal veut sans doute l’aider à choisir.

Viviane LAFONT