Conditions de travail : au bon vouloir des patrons

31 Janvier 2018

La Sécurité sociale veut faire baisser les arrêts maladie des salariés. Pour cela elle veut communiquer aux employeurs des données agrégées sur les causes des arrêts pour lombalgies, troubles musculo-squelettiques ou psycho-sociaux qu’ils provoquent. Une expérimentation est en cours sur des entreprises de plus de 200 salariés, ce qui en théorie ne devrait pas permettre de recouper les informations individuelles.

Des représentants de petits patrons se déclarent d’ores et déjà intéressés. Ils ont certainement en tête les pressions qu’ils pourraient exercer sur leurs employés, s’ils pouvaient contourner le secret médical et connaître le motif précis de leurs arrêts maladie. Mais, même si cela semble plus difficile pour les grandes entreprises, l’ensemble de la démarche de la Sécurité sociale est viciée au départ. Elle suppose que les grands patrons n’auraient pas connaissance des dégâts que le travail dans leurs entreprises provoque chez leurs salariés ; et que s’ils le savaient, ils adouciraient l’exploitation pour la rendre supportable. C’est une mauvaise blague !

Ce ne sont certes pas les employeurs qui vont d’eux-mêmes alléger la pression quotidienne sur leurs employés et la charge de travail qu’ils leur imposent. Mais diffuser ce genre d’informations coûte certainement moins cher que, pour la Sécurité sociale ou l’État, d’organiser les vérifications nécessaires sur les conditions de travail en entreprise.

Lucien DÉTROIT