Carrefour : un plan à rejeter

31 Janvier 2018

Des appels à manifester devant des magasins ou devant le siège social de Carrefour à Massy ont été lancés à des dates différentes par plusieurs syndicats. Les travailleurs ont toutes les raisons de répondre à ces appels et de contester le « plan de transformation » que le PDG a rendu public le 23 janvier.

Il a annoncé la suppression de 2 400 emplois sur un effectif de 10 500 dans les services du siège social et également la vente ou à défaut la fermeture de 273 magasins ex-Dia, sur les 650 existants, qu’il accuse de peser sur les résultats du groupe.

Il y a là une manipulation des chiffres. Car, si le cours de l’action a effectivement baissé d’environ 15 % en 2017, cela n’a pas empêché Carrefour de déclarer un bénéfice de plus d’un milliard d’euros sur l’année écoulée, avec un chiffre d’affaires mondial de plus de 88 milliards, en hausse de 3 % sur 2016.

Alors, si l’année 2017 a été « globalement difficile » comme l’affirme le PDG, elle l’a été pour l’ensemble des travailleurs dont les salaires sont bloqués depuis des années, mais certainement pas pour les actionnaires qui prélèvent chaque année 45 à 50 % du résultat net sous forme de dividendes et qui comptent bien continuer à le faire grâce aux mesures d’ampleur que le PDG est chargé d’appliquer.

En plus de la suppression de près d’un quart des emplois au siège du groupe et de 2 100 dans les ex-magasins Dia, d’autres milliers d’emplois sont menacés si l’on additionne les autres mesures programmées : automatisation générale des stations-service, réduction de 100 000 m² de la surface globale des 247 hypermarchés implantés en France, restructuration des secteurs textile et hi-fi électroménager qui seront loués à des enseignes spécialisées. C’est ce qui fait dire à la CGT Carrefour que plus de 10 000 emplois sur un effectif de 115 000 sont menacés à court terme.

Et combien le sont à l’échelle mondiale ? En Belgique, la direction locale vient d’annoncer la suppression de 1 233 emplois, 1 053 dans les hypermarchés et 180 au siège, soit 11 % des effectifs totaux. Les employés ont répondu le 26 janvier par la grève dans 24 des 25 hypermarchés du pays. En Argentine, des hypermarchés vont fermer et on attend les annonces pour les autres pays.

Parmi les gros actionnaires de Carrefour, on trouve au premier rang la famille Moulin, propriétaire entre autres des Galeries Lafayette avec 11,5 % du capital, suivie de la famille Arnault propriétaire de LVMH, première fortune du pays et détentrice de 9 %. C’est pour garantir leur immense richesse que les actionnaires de Carrefour décident de sabrer dans les effectifs partout dans le monde. 375 000 travailleurs, dans plus de 30 pays leur font face. Leur richesse à eux, c’est leur nombre et leur force collective.

Philippe Logier