Notre-Dame-des-Landes : un recul gouvernemental

24 Janvier 2018

Le 17 janvier, Macron a mis fin au faux suspense concernant la construction d’un aérodrome à Notre-Dame-des-Landes. Des demi-confidences et des fuites volontaires avaient préparé l’opinion à l’abandon définitif du projet.

Ceux qui l’avaient soutenu depuis des années, voire des dizaines d’années, n’ont protesté que pour la forme. Le principal intéressé, le groupe de BTP Vinci, sait qu’il sera dédommagé. Les politiciens locaux promoteurs du nouvel aérodrome, souvent ralliés à Macron, se sont rendus à ses raisons : le jeu n’en valait plus la chandelle.

Il devenait en effet de plus en plus évident que ce projet n’avait d’intérêt que pour ses promoteurs, industriels, financiers ou grands élus. Un rapport venait de démontrer que l’aéroport existant à Nantes est loin d’être saturé et que, si nécessaire, des aménagements sont possibles. L’expulsion des agriculteurs, la destruction d’une zone naturelle, les milliards d’argent public décaissés apparaissaient d’autant plus inutiles, voire scandaleux.

Du point de vue politique, Macron et quelques-uns de ses soutiens comme Le Drian, Ferrand et autres barons bretons, ont certes eu à se dédire. Ils avaient en effet affirmé, y compris le candidat Macron, que l’aéroport se ferait, que force resterait à la loi, que la volonté populaire exprimée par référendum serait respectée et autres propos de tribune aujourd’hui désavoués. Mais, d’un autre côté, le fait de sembler se rendre à la raison et, surtout, celui de prendre enfin une décision ajoutent à l’image d’homme d’État réaliste et ferme que les communicants de l’Élysée voudraient donner de Macron.

Par ailleurs, l’abandon d’un tel grand projet bétonné, décidé qui plus est par les gouvernements précédents, permet de satisfaire une partie de l’opinion. Enfin, la perspective d’envoyer des milliers de gendarmes et de policiers tenter d’expulser quelques dizaines de squatters n’avait sans doute rien pour réjouir le gouvernement.

Macron a donc soigneusement calibré l’opération de façon à tenter de transformer cet épisode en coup politique. Il n’est pas certain qu’il y soit parvenu. Pour beaucoup, il restera le fait que Macron a baissé pavillon devant le risque d’un affrontement ouvert, où l’opinion prendrait fait et cause contre le gouvernement. Et il faudra s’en souvenir.

Paul GALOIS