Lait contaminé : le scandale et ses raisons

24 Janvier 2018

Plus de 500 parents de nourrissons ayant consommé du lait en poudre produit par Lactalis se sont organisés en association de défense. Malgré les déclarations du PDG du groupe sur son engagement à assurer ses responsabilités et à indemniser les victimes, certaines familles ont commencé à déposer des plaintes pour connaître la vérité.

Car, si les premiers signalements de bébés malades datent de septembre, il aura fallu attendre le 8 décembre pour que Lactalis arrête la production dans son usine de Craon, et le 12 janvier pour que le patron sorte de sa réserve et se présente au rendez-vous fixé par le ministre de l’Économie. Le 14, il n’en continuait pas moins d’affirmer dans les colonnes d’un hebdomadaire « qu’il n’y a pas eu de manquements de notre part sur les procédures ». Et c’est sans doute avec cet état d’esprit et beaucoup de mépris que, quelques jours après, comme le rapporte le quotidien La Nouvelle République du 20 janvier, Lactalis a proposé à des parents de les dédommager contre promesse de ne pas déposer plainte. Et de leur promettre de rembourser 11 euros pour chaque boîte achetée 24 euros ! Une offre qui ne peut évidemment être ressentie que comme une provocation.

37 nourrissons ont été à ce jour gravement malades. Un cas a été détecté en Espagne, un est soupçonné en Grèce. Mais pas moins de 12 millions de boîtes ont été commercialisées dans 83 pays. Alors, combien étaient contaminées dans tous ces lots ? Le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Liban ont annoncé avoir procédé à des retraits. Mais qu’en est-il de l’Algérie, qui compte pour 12 % des exportations de Lactalis ? Qu’en est-il de la Chine, qui de 2003 à 2013 a multiplié par quatre ses importations de lait en poudre pour bébés ? Ce pays a déjà connu en 2008 un énorme scandale autour du lait en poudre contenant un mélange de mélamine, une résine plastique toxique qui permet de simuler une augmentation de protéines et c’est cette occasion que Lactalis, jouant les monsieur Propre, avait saisie pour développer ses ventes en Chine.

Ces scandales sanitaires successifs sont présentés comme la conséquence de fautes humaines, de défaillances techniques, de malversations individuelles ou encore de failles imprévisibles dans un système qu’il faudrait seulement corriger pour mieux garantir la chaîne de protection alimentaire, de la production à la consommation. Mais ce qui est en cause, c’est le système capitaliste basé sur le profit, qui tend en permanence à faire passer cet impératif avant les intérêts et la santé de la population.

Philippe Logier