Gardiens de prison : tâche ingrate et mépris de l’État

24 Janvier 2018

Après avoir rejeté le projet d’accord discuté entre le ministère de la Justice et deux syndicats, les gardiens de prison ont intensifié leur mobilisation le 22 janvier. En début de semaine, le mouvement touchait à des degrés divers 130 prisons sur 188.

Démarrée après l’agression de plusieurs gardiens, la mobilisation porte sur la sécurité, les effectifs, les conditions de travail mais aussi sur les salaires. Contrairement aux explications des médias, ce ne sont pas les surenchères entre les trois principaux syndicats, même réelles, qui expliquent la poursuite du mouvement. Celui-ci révèle que les femmes et les hommes chargés par l’État de surveiller les prisonniers, entassés dans des conditions inhumaines, ne supportent plus d’être eux-mêmes maltraités.

En quarante ans, le nombre de détenus a doublé. Cela résulte d’abord de la politique des gouvernements successifs qui, par démagogie, n’ont cessé de durcir les lois. Incapables d’enrayer la violence engendrée par une société minée par le chômage et la ghettoïsation de certains quartiers, ils ont enfermé toujours plus. Entre le tiers et la moitié des prisonniers sont des jeunes des quartiers ouvriers, tombés dans la criminalité ou dans la délinquance, grande ou petite. Pour l’immense majorité, la prison est une école du crime, et pas le lieu de réinsertion dans la société vantée par les ministres de la Justice. Cette situation n’a rien à voir avec la radicalisation, réelle ou supposée, d’une partie des détenus. Ce terme ambigu et fourre-tout a été utilisé par le gouvernement pour noyer le poisson.

Malgré les constructions de nouvelles prisons, les conditions de détention se sont dégradées, pour les prisonniers comme pour les gardiens. Quand on enferme trois voire quatre personnes dans neuf mètres carrés en réduisant les promenades ou les parloirs, parce qu’il n’y a, dans certaines maisons d’arrêt, qu’un surveillant pour 100 détenus, on transforme des êtres humains en bêtes sauvages. Quand on enferme des malades psychiatriques que la société ne se donne les moyens ni d’accueillir ni de soigner dans des centres médicalisés dédiés, on transforme les prisons en bombes à retardement. Confrontés tous les jours à cette déshumanisation, les gardiens de prison ont l’un des taux de suicide parmi les plus élevés, toutes professions confondues. Dans ces conditions, malgré le chômage, l’administration peine à pourvoir tous les postes ouverts au concours de gardien. Et ce ne sont pas les salaires, démarrant à 1 400 euros net par mois, hors primes ou heures supplémentaires, pour travailler y compris le week-end ou la nuit, qui peuvent susciter des vocations.

Que les gardiens de prison, chargés par l’État d’une tâche ingrate, obtiennent sans délai des salaires et des conditions de travail décents serait un minimum. Mais, sans transformer en profondeur une société dont la violence des rapports sociaux ne cesse de s’aggraver, les prisons ne se videront pas et le sort des gardiens comme des prisonniers ira en se dégradant.

Xavier LACHAU