Coopératives agroalimentaires : des capitalistes comme les autres

24 Janvier 2018

Au côté du groupe Lactalis, appartenant à la famille Besnier, de nombreux paysans producteurs de lait ont à subir les assauts du numéro deux du secteur, Sodiial-Yoplait. Celui-ci pourtant est une coopérative. Or les entreprises de ce type ont l’image d’associations de producteurs censées protéger leurs adhérents des lois de la concurrence capitaliste. Dans le secteur de l’agro-alimentaire, elles sont censées protéger au moins les paysans, qui en sont les coopérateurs.

En fait, là comme ailleurs, le capitalisme a su récupérer à son profit une forme d’organisation théoriquement créée pour résister à la dure loi du marché. Dans le secteur agricole, et plus précisément la production du lait, la plus grosse coopérative, Sodiial, fait la guerre à ses dizaines de milliers d’adhérents, en théorie ses propriétaires, leur payant le lait toujours moins cher, et menant les uns à la faillite et parfois au suicide. Dans la production porcine, la coopérative Cooperl a remis en cause le prix minimum du porc convenu avec le gouvernement, au détriment de ses dizaines de milliers de coopérateurs, sachant que sa décision allait ruiner une partie de ses adhérents paysans.

Dans les secteurs de la production maraîchère et de l’abattage du bétail, des dizaines de milliers de paysans subissent la dictature de la coopérative Cecab. Cette coopérative fut fondée en 1968, dans la foulée du mouvement de protestation du monde paysan culminant en 1967 avec l’assaut des préfectures et sous-préfectures dans l’ouest de la France. Les deux grandes figures de ce mouvement étaient Gourvennec et Debatisse. Le premier connut d’ailleurs la prison pour ses actions revendicatives, avant de finir patron de Britanny Ferries ; quant à l’autre, il termina ministre de l’Agriculture.

La Cecab, propriétaire de la marque D’Aucy et des abattoirs Gad, est quant à elle devenue un des grands trusts de l’agro-alimentaire. Elle l’a fait en rendant ses paysans captifs de la coopérative, contraints d’accepter des prix à la limite de la rentabilité. En supportant tous les aléas, ils se retrouvaient sans rien, pas même une indemnité, quand lSa Cecab décidait de fermer l’usine où ils livraient leur production, traités comme les ouvriers qu’on jette à la rue. Ce fut le cas lors de fermetures d’usines D’Aucy, ou des abattoirs Gad.

On pourrait ajouter à la liste le Crédit agricole, grande banque coopérative du monde rural qui rançonne des centaines de milliers de paysans. Quoi qu’aient pensé au départ leurs fondateurs, les coopératives ont voulu soutenir la compétitivité imposée par le marché, elles ont fait la guerre à leurs salariés pour les payer toujours moins et leur faire produire toujours plus, et appliquent le même régime à leurs adhérents. Cela a permis aux dirigeants de se détacher de la masse de leurs coopérateurs et de devenir de vrais capitalistes, comme dans une quelconque société par actions.

Ainsi, les plus petits coopérateurs paysans sont sous la menace permanente de la faillite et de la saisie de leurs biens. Leurs alliés naturels contre les coopératives et tous ceux qui les exploitent sont à chercher du côté des travailleurs, en premier lieu des 165 000 salariés des coopératives.

Paul SOREL