Téléphonie mobile : cadeau du gouvernement aux opérateurs

17 Janvier 2018

Bonne nouvelle ! Ce devrait bientôt en être fini des « Allo, je ne t’entends pas. Attends, je bouge. Je te rappelle. » Bientôt donc, il ne devrait plus y avoir de zones blanches, pas même de zones grises, ces lieux où il n’y a pas ou si peu de couverture réseau qu’on ne peut ni téléphoner ni se connecter de manière satisfaisante à Internet.

La 4G devrait être étendue à tout le territoire et, de plus, les principaux axes routiers et 30 000 km de voies ferroviaires devraient être eux-aussi couverts. Du moins, c’est ce que promet Julien Denormandie, le sous-ministre concerné, aux termes d’un accord signé avec Bouygues, SFR, Free et Orange.

Pour ce faire, les quatre grands opérateurs télécoms devraient déployer des milliers d’antennes et de pylônes – 5 000 nouvelles installations chacun – affirme le ministre, afin d’avoir « un bon débit pour tous d’ici à 2020, du très haut débit d’ici à 2022 ». « C’est un accord historique », ajoute-t-il avant d’assurer que les opérateurs financeront l’opération à 100 % tant pour l’installation que pour la gestion et qu’ils dépenseront pour cela au moins 3 milliards d’euros. Et de conclure en affirmant : « L’État et les collectivités locales ne débourseront rien. »

C’est un vrai conte de Noël, mais il y a bien sûr une contrepartie. En effet, c’est l’État qui donne, ou plutôt qui vend aux enchères, aux opérateurs de téléphonie mobile les fréquences d’émission qui leur permettent de fonctionner. De nouvelles enchères étaient prévues dans les toutes prochaines années, pouvant offrir à l’État de substantielles rentrées ; on parle de 2,8 milliards d’euros lors du dernier appel d’offres en 2015. Or, le gouvernement a décidé que les opérateurs pourront utiliser leurs fréquences actuelles pendant encore dix ans, sans nouvelles enchères, donc sans rien payer. De plus les redevances annuelles sont également gelées !

Il y a là d’un côté, des promesses d’installations d’antennes et de pylônes que les opérateurs peuvent trouver toutes les raisons de ne pas réaliser faute d’endroit adéquat ou d’accord des mairies, de l’autre l’assurance de rentrées financières et la poursuite de leur enrichissement. Mais cela ne fait rien, les protagonistes osent parler d’un accord donnant-donnant.

Sophie GARGAN