Macron à Calais : une politique honteuse envers les migrants

17 Janvier 2018

Macron est venu le 16 janvier défendre sa politique migratoire à Calais, où la présence de nombreux réfugiés vivant dans des conditions indignes est toujours très visible.

Il a voulu rencontrer les associations locales d’aide aux migrants, mais deux d’entre elles, Utopia 56 et L’Auberge des migrants, ont refusé. François Guennoc, président de cette dernière, s’en explique : « Puisque des ONG au niveau national, le Gisti, le Secours catholique…, qui ont beaucoup plus de poids, ont été reçues par Macron et n’ont pas pu se faire entendre, pourquoi serions-nous plus écoutés ?... Il y a suffisamment de travail sur le terrain. »

Macron a taxé les associations de bénévoles d’« irresponsables », les accusant d’inciter les migrants à ne pas monter dans les bus destinés à les conduire dans les centres d’accueil et d’évaluation des situations (CAES) prévus par l’État. Mais ce sont bien souvent les réfugiés eux-mêmes qui refusent de s’y rendre ou qui, une fois arrivés, les quittent rapidement. François Guennoc dénonce l’absurdité de leur situation : « Si les réfugiés sont nombreux à Calais, c’est parce qu’ils n’ont pas d’autre solution que d’espérer un avenir en Grande-Bretagne : soit ils sont “dublinés” c’est-à-dire menacés d’être renvoyés dans le pays européen qui a pris leurs empreintes à leur entrée, l’Italie le plus souvent, qui ne veut pas d’eux, et ils n’ont pas le droit à l’asile en France ; soit ils l’ont demandé et ne l’ont pas obtenu et ils ne veulent pas être expulsés dans leur pays, ou ne sont même pas expulsables. »

Les bénévoles, autorisés à distribuer les repas sur cinq points mobiles de la ville, dénombrent actuellement entre 600 et 700 migrants, qui tentent toujours le passage, au risque de leur vie. Leur moral est bas, affecté par la mort de trois d’entre eux ces dernières semaines et par leurs conditions de vie plus dures. Ils ont deux lieux d’hébergement, des conteneurs pour les femmes et les enfants et un hangar pour les hommes, mais ouverts sur décision préfectorale seulement la nuit et par grand froid. Si la température ne descend pas assez bas, les migrants restent dehors qu’il pleuve ou qu’il vente. Ils ne peuvent pas se reposer, subissant harcèlement quotidien, gazages, destruction systématique de leurs affaires par les forces de police dès qu’ils sont surpris à s’installer quelque part. « Une fois, ils se sont même emparés de nos duvets sous prétexte de les laver », raconte un Éthiopien. Ces confiscations, jusque-là niées par la police, sont coûteuses pour les associations qui doivent renouveler des dons qui partent quotidiennement à la poubelle. Mais elles ont réussi à porter plainte en réunissant des preuves : tentes, sacs de couchage et bâches ont pu être photographiés dans une benne destinée à la décharge, marqués du logo de l’association, clichés qui montrent ainsi une atteinte à leur propriété.

Si gendarmes et policiers sont mis en cause par les associations, Macron, lui, a prononcé un discours leur exprimant sa confiance « sans faille » ; il leur a même promis « une prime exceptionnelle de résultat ».

Mais il a aussi fait mine d’exiger d’eux qu’ils n’exercent aucune violence ou destruction d’effets personnels. Le président, pour se distinguer de l’extrême droite et de la droite, voudrait cultiver sa posture d’humaniste. Il a même annoncé que l’État allait prendre en charge la distribution des repas, décision bienvenue pour les associations, car « elles ne font que ce que l’État devrait faire ».

Mais Macron a surtout affirmé qu’il ne tolérerait pas l’installation d’un nouveau bidonville à Calais, et qu’il voulait un traitement accéléré des demandes d’asile, et des « reconduites à la frontière » plus « efficaces ». Il prépare le terrain pour faire adopter son projet de loi « asile et immigration » qui vise à faciliter leur expulsion, un projet odieux qui suscite déjà l’indignation.

Correspondant LO