Grèce : créanciers contre le droit de grève

17 Janvier 2018

Lundi 15 janvier le Parlement grec a voté une nouvelle série de mesures exigées par les créanciers, l’Union européenne, la Banque centrale européenne et le FMI, en vue d’obtenir le 22 janvier le feu vert de l’Eurogroupe, la réunion des ministres des Finances européens, pour un versement supplémentaire de leur prétendue aide à la Grèce.

La nouvelle loi, qui compte des dizaines de mesures, légalise des attaques contre les travailleurs : des coupes dans les prestations sociales, des augmentations de taxes, dont celle de l’impôt foncier, la poursuite et l’augmentation des expulsions et des ventes aux enchères sur Internet des biens des propriétaires endettés auprès des banques et de l’État, y compris quand il s’agit de leur résidence principale. À ces attaques pour faire payer la population le plus possible, s’est ajoutée une mesure visant à limiter les grèves : pour être légale, une grève devra maintenant être votée par au moins 50 % des syndiqués de l’entreprise, au lieu de 20 % en général jusqu’à présent.

Les confédérations syndicales du public (ADEDY) et du privé (GSEE) et le syndicat PAME, lié au Parti communiste grec, ont appelé à une grève générale qui, le jour du vote, a très fortement perturbé les transports publics, qu’il s’agisse des bus, du métro, des bateaux ou des avions. Les enseignants, les juges, les médecins des hôpitaux se sont joints au mouvement. Plusieurs milliers de personnes ont manifesté à Athènes et à Thessalonique.

Les créanciers dénoncent la faible productivité des entreprises et en accusent le trop grand nombre de grèves. Ce n’est pas nouveau. Dès 2011, comme l’a révélé cinq ans plus tard une enquête d’un quotidien grec Le Journal des rédacteurs, le patron français pour la Grèce des cimenteries Héraklès, propriété de Lafarge, tenait le même discours. Il envoyait directement, mais discrètement, à un représentant du FMI ses suggestions de réformes ciblées contre les droits des travailleurs, et il n’était sûrement pas le seul. La pression des représentants de l’Union européenne, de la Banque centrale européenne et du FMI, c’est-à-dire des grands patrons et des banquiers, relayée par les gouvernements successifs, a peu à peu entraîné la dislocation du Code du travail, la quasi-disparition des conventions collectives, et a donné toute liberté aux patrons, étrangers et grecs, d’imposer leur loi.

L’attaque contre le droit de grève est un pas de plus ; il n’est pas dit qu’elle soit efficace. En tout cas, elle montre combien cette prétendue aide à la Grèce n’est pas seulement une extorsion de fonds aux dépens de la population ; elle s’accompagne de la volonté de nier les droits des travailleurs et des plus pauvres.

Sylvie MARÉCHAL