Entrée à l’université : renforcement de la sélection

17 Janvier 2018

Lundi 15 janvier, a ouvert « Parcoursup », le nouveau site Internet officiel destiné à organiser l’orientation des lycéens après leur baccalauréat.

Son prédécesseur, Admission post-bac (APB), avait été pointé du doigt l’été dernier car des milliers de lycéens s’étaient retrouvés sans affectation à la fin de la procédure. En outre, un tirage au sort avait été instauré dans 169 formations saturées, ce qui avait indigné à juste titre les candidats arbitrairement refusés.

Mais cette situation n’était pas tant liée au fonctionnement d’APB qu’au manque de places dans les formations demandées par les lycéens. En 2017, il y a eu 40 000 étudiants supplémentaires dans les universités, les enfants du petit baby-boom de l’an 2000 qui viendront encore en grossir les rangs ces prochaines années. Cette augmentation n’a bien entendu pas été accompagnée de créations de postes ni de locaux. Parcoursup ne change rien à cette situation et il y aura donc inévitablement des laissés-pour-compte.

Mais, avec ce nouveau système, il sera plus facile de prétendre que, si un jeune n’a pas trouvé de place, c’est qu’il ne la méritait pas. En effet, les universités ont désormais le droit de sélectionner les étudiants sur la base de conditions définies localement. Ce seront par exemple des prérequis tels que le type de baccalauréat, des notes minimales dans certaines matières, voire une expérience dans le domaine d’études demandé. Chaque lycéen devra en plus fournir, avec son dossier, les avis de ses professeurs de lycée sur ses souhaits de formation. La mise en place de cette réforme se traduit d’ailleurs, dans l’immédiat, par un surcroît de travail à la fois dans les lycées, qui doivent remplir les « fiches avenir », et dans les universités, qui doivent mettre en place une procédure de sélection en lieu et place d’APB. Ce tri des dossiers université par université ne peut que renforcer la sélection des étudiants, chaque université pouvant choisir de n’accepter que ceux qu’elle juge les meilleurs.

L’université n’a déjà rien d’égalitaire. Faire des études est plus difficile pour les jeunes issus des milieux populaires les plus modestes car, en plus de subvenir à ses besoins, il faut souvent pouvoir se payer un logement, alors que le montant des bourses est insuffisant. L’université n’est déjà pas accessible aux 20 % de jeunes qui n’obtiennent pas de baccalauréat. Et même parmi les bacheliers, de nombreuses filières sont de fait fermées à ceux qui n’ont pas pu acquérir les méthodes et la culture suffisantes dans les années précédentes. Plutôt que de les aider à le faire, le système actuel attend qu’ils échouent et quittent l’université, souvent au cours de la première année. Le gouvernement ne s’attaque évidemment pas à cet immense gâchis : la ministre annonce la création de nouveaux parcours de remise à niveau pour certains étudiants, mais sans débloquer de moyens supplémentaires. Autant dire qu’ils ne risquent pas d’être très développés.

Ce traitement réservé aux étudiants ne fait que prolonger celui qui est réservé aux élèves depuis leur plus jeune âge : loin de donner accès à la culture et à l’éducation à tous, le système scolaire et universitaire reproduit les inégalités sociales, quand il ne les renforce pas.

Claire DUNOIS