Centrafrique : triste bilan de l’intervention

17 Janvier 2018

Fin octobre 2016 à Bangui, la capitale de la Centrafrique, Le Drian, ministre de la Défense de Hollande et actuel ministre des Affaires étrangères de Macron, annonçait la fin de l’opération Sangaris.

Depuis décembre 2013, jusqu’à 2 000 soldats français étaient déployés dans une mission pseudo-humanitaire de séparation et de désarmement des milices Séléka et anti-balaka, les premières se présentant comme pro-musulmanes, les secondes comme pro-chrétiennes. À la fin de l’année 2016, l’armée française n’a laissé en Centrafrique que quelque 300 soldats, déploiement habituel dans ce pays depuis l’indépendance en 1960, pour encadrer les troupes de l’ONU essentiellement fournies par des pays africains.

Le Drian se glorifiait alors que l’intervention française avait mis fin au chaos et était parvenue à faire élire un nouveau président, Touadéra. Plus d’un an après que l’armée française a diminué son implication directe en Centrafrique, les derniers évènements sont venus démentir les communiqués triomphalistes de Le Drian.

L’autorité du président Touadéra ne s’étend guère au-delà de la capitale. L’ONU souligne dans un rapport que 2017 a connu une « détérioration des conditions de sécurité ». En fait, les violences entre groupes armés et contre les populations n’ont pas cessé. Ex-Séléka et anti-balaka se sont scindés en des dizaines de bandes armées qui combattent pour s’emparer ou conserver le contrôle d’un territoire, d’un quartier ou d’une route.

Dans le nord-ouest du pays, l’agglomération de Poua est livrée depuis début décembre aux exactions d’hommes attaquant les villages en moto ou à cheval et le 31 décembre, deux musulmans ont été lynchés en plein centre de la ville. À l’est de la Centrafrique, la ville de Bria et sa région riche en diamants sont l’enjeu de combats qui ont entrainé la fuite d’une grande partie de sa population ou coupé en deux les communautés.

Ainsi, il serait illusoire de croire que l’intervention française a assuré aux populations une forme de sécurité. Ce n’était en fait pas l’objectif de l’opération qui ne visait à rien d’autre qu’à rétablir au pouvoir, après une mascarade électorale, un ami de l’impérialisme français. Les troupes françaises en Centrafrique n’ont été qu’une bande armée de plus, mieux armée et mieux équipée que les autres, qui a contribué à accroître le chaos dans lequel s’enfonce la Centrafrique.

Boris SAVIN