Autriche : un gouvernement de combat contre les travailleurs

17 Janvier 2018

Une manifestation pour protester contre le nouveau gouvernement autrichien, qui associe le parti conservateur ÖVP et le parti d’extrême droite FPÖ, a eu lieu à Vienne le 13 janvier. Elle a rassemblé, selon la police, entre 20 000 et 30 000 personnes.

C’est certes beaucoup moins que les mobilisations massives, atteignant plus de 150 000 personnes, qui avaient marqué en 2000 la formation du premier gouvernement à participation FPÖ. Mais c’est nettement plus que lors de la première mobilisation le jour de l’investiture du gouvernement le 18 décembre dernier, qui n’avait réuni que 6 000 personnes. Cette fois, il s’agissait de protester contre la présence au pouvoir du FPÖ – qui a hérité des ministères de l’Intérieur et de la Défense – mais aussi contre les mesures annoncées par la nouvelle équipe gouvernementale.

Celle-ci a fait des déclarations toutes plus odieuses et démagogiques les unes que les autres, destinées à plaire à l’électorat réactionnaire, ce qui ne veut pas dire que les mesures annoncées pourront toutes être appliquées. Cela va de la levée de l’interdiction de fumer dans les cafés et les restaurants, qui était prévue à partir de mai prochain, au retour des notes dans les écoles primaires, en passant par la notation des enseignants selon les performances, l’introduction de droits d’inscription à l’université qui seront de l’ordre de 500 euros par semestre, ou encore l’augmentation de la vitesse autorisée sur les autoroutes à 140 km/h. Il y a aussi bien sûr des mesures contre les migrants et les réfugiés, avec par exemple la diminution des minimas sociaux qui sont versés aux demandeurs d’asile, ou l’allongement à dix ans, contre six aujourd’hui, du délai de présence nécessaire pour demander la nationalité autrichienne.

Au-delà de ces mesures scandaleuses, il y a aussi toute une série d’attaques contre le monde du travail. Le gouvernement veut ainsi satisfaire une revendication de l’Union des industriels en portant la limite d’une journée de travail à 12 heures par jour, contre 10 aujourd’hui, et à 60 heures pour une semaine, ce qui conduirait à une diminution des heures décomptées comme supplémentaires. Il entend aussi permettre aux patrons de contourner plus facilement les conventions collectives, de diminuer les sanctions visant les chefs d’entreprise en cas de non-respect des normes de sécurité au travail, de ne remplacer qu’un fonctionnaire partant en retraite sur trois, de diminuer les temps de repos obligatoires dans le secteur de la restauration, de baisser des allocations de chômage. Sans oublier bien sûr les cadeaux sonnants et trébuchants pour les patrons, comme la baisse des impôts sur les sociétés ou celle des cotisations pour les accidents du travail.

Pour faire passer tout cela, le nouveau gouvernement multiplie les discours contre les migrants et les chômeurs, les présentant comme ponctionnant les budgets publics, ce qui permet de détourner le regard de ceux qui les pillent véritablement : le patronat et aussi les politiciens corrompus, dont Karl-Heinz Grasser est un exemple. Cet ancien ministre des Finances FPÖ de 2000 à 2003 est le principal mis en cause dans le procès qui se tient – quatorze ans après les faits ! – à propos du scandale de la privatisation du groupe immobilier Buwog.

Le gouvernement espère bien que toutes ces attaques se dérouleront sans problème et que la classe ouvrière, à laquelle la social-démocratie n’a appris que la passivité depuis des décennies, restera sans réaction. Il espère aussi que la présence du FPÖ au gouvernement paralysera la fraction des travailleurs qu’il influence car, écœurés par la social-démocratie, ils ont été attirés par la démagogie sociale de ce parti. Il est vrai que celle-ci s’est évaporée dès les élections passées, laissant les travailleurs face à ce qui est pour eux la seule voie : lutter en ne comptant que sur leurs propres forces.

Henri MARNIER