Amiante : non au permis de tuer !

17 Janvier 2018

Jeudi 11 janvier, l’Association nationale des victimes de l’amiante et autres polluants (Ava) et l’Association régionale des victimes de l’amiante (Ardeva) ont organisé un rassemblement à Dunkerque pour dénoncer le combat mené par le ministère public et les juges d’instruction contre les victimes de l’utilisation de cette matière.

Concernant le dossier de l’entreprise sidérurgique Sollac (maintenant ArcelorMittal), les plaignants ont été informés le 22 mai 2017 de la volonté des juges et du parquet d’arrêter l’instruction. Le prétexte était une affirmation scientifique erronée : il serait impossible de déterminer la date d’intoxication des victimes et donc de savoir qui était responsable. En fait, le rapport scientifique invoqué dit le contraire : l’intoxication est concomitante à l’exposition à l’amiante. Toutes les entreprises qui ont contribué à l’exposition des victimes ont donc une part de responsabilité.

En août, les avocats des victimes ont donc demandé qu’un expert scientifique soit désigné. En septembre, les juges ont refusé. Les avocats ont fait appel. Le 22 novembre 2017, par une ordonnance non susceptible de recours, le président de la chambre de l’instruction a refusé de transmettre l’appel à la juridiction. Un pourvoi pour excès de pouvoir en cassation a été déposé, sans réponse jusqu’à aujourd’hui.

Depuis septembre, les non-lieux, les abandons de procédures se sont multipliés : le 15 septembre dans le dossier des anciens chantiers navals Normed ; le 11 octobre, un avis d’irrecevabilité de 161 plaintes du dossier Sollac ; le 23 octobre dans le dossier EDF centrale d’Arjuzancx. ; le 23 novembre dans le cas Everite (usine de Bassens), filiale de Saint-Gobain qui produisait de l’amiante ciment. Il y a là une volonté évidente des différents acteurs judiciaires (juges, chambres de l’instruction, ministère public) d’empêcher à tout prix qu’un procès pénal de l’utilisation de l’amiante ait lieu.

Pourtant les responsables sont connus, comme ces membres du Comité permanent amiante impulsé par le patronat du secteur qui, de 1982 à 1995, ont tout fait pour en poursuivre l’exploitation.

Il y a aujourd’hui bien d’autres polluants que l’amiante : perturbateurs endocriniens, pesticides. Mais les empoisonneurs actuels et futurs n’ont pas à s’inquiéter. Tant que les responsables de la catastrophe sanitaire de l’amiante, qui fait des milliers de morts par an, n’ont pas de comptes à rendre, c’est un permis de tuer en toute impunité qui leur est délivré. Les députés de La République en marche ont, quant à eux, refusé qu’une commission amiante continue à exister à l’Assemblée nationale. Une autre manière de nier le crime.

Les victimes n’abandonnent pas leur combat et le soutien de tous leur est plus que jamais indispensable.

Correspondant LO