Salariés dans les conseils d’administration : collaboration ou lutte de classe ?

10 Janvier 2018

Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, vient de protester contre le non-respect par Macron de son engagement d’assurer la présence d’administrateurs salariés dans les conseils d’administration des entreprises.

La présence de ces salariés administrateurs est en théorie obligatoire dans les entreprises de plus de mille salariés en France, ou dans celles qui ont moins de 1 000 salariés en France mais plus de 5 000 au total avec ceux à l’étranger. Laurent Berger revendique que la barre soit abaissée à 500 salariés et réclame d’augmenter le nombre d’administrateurs salariés au sein des conseils, jusqu’à en constituer un tiers des membres dans les entreprises de plus de 5 000 salariés. Et d’ajouter : « Les salariés ont le droit de peser sur ce qui les concerne. » Mais depuis quand la présence d’administrateurs salariés s’est-elle révélée en quoi que ce soit positive pour les travailleurs des entreprises concernées ?

Les conseils d’administration sont là pour représenter les intérêts des actionnaires des entreprises et ont la tâche d’avaliser des décisions qui sont discutées, préparées, et mises en ordre ailleurs. Ceux qui ont le vrai pouvoir dans ces grandes sociétés sont le ou les actionnaires principaux.

Le poste est aussi souvent le moyen d’occuper une sinécure fort bien payée par les jetons de présence délivrés à l’occasion d’une réunion. Mais surtout la tâche de ce conseil est de veiller à ce que les placements des actionnaires leur rapportent le plus possible. Il veille à ce que le PDG, qui est chargé de mettre en pratique les décisions prises, se montre assez dur, n’hésite pas à licencier et à prendre toutes les mesures nécessaires pour réduire la part revenant aux salariés. Que peut faire un représentant des salariés dans cette caverne de brigands ? Rien d’autre que, par sa présence, donner son quitus à des agressions contre les travailleurs, toujours qualifiées de « vitales pour les intérêts de l’entreprise ».

Les capitalistes associent déjà des syndicalistes à leurs réunions de conseil pour renforcer l’idée que la défense des intérêts de l’entreprise, en fait de ceux du patron, est pour le bien de tous. S’ils leur offrent des places, c’est pour les mettre de leur côté. Et il ne peut en être autrement, sauf à renverser la table et demander l’expropriation des profiteurs.

La CFDT, et pas seulement elle, fait de cette collaboration de classe un objectif privilégié. C’est se prêter au jeu du patronat qui tente de cacher la guerre de classe qu’il mène au monde ouvrier.

Paul SOREL