Pouvoir d’achat : un Premier ministre alchimiste

10 Janvier 2018

Dans un entretien publié par Le Journal du Dimanche le 7 janvier, Édouard Philippe a défendu la politique de son gouvernement en affirmant tout simplement : « Le projet social est au cœur de notre action. »

Et d’évoquer à ce sujet des revalorisations, comme celle du minimum vieillesse, avec lequel doivent vivre plus de 430 000 personnes âgées, et qui devrait atteindre un peu plus de 900 euros par mois pour une personne seule en 2020. L’allocation aux adultes handicapés devrait également atteindre 900 euros en novembre 2019. L’augmentation sera même moindre pour les personnes en couple ou dans certaines situations particulières. Ce n’est pas avec cela que les plus démunis parmi les anciens ou parmi les handicapés sortiront d’une pauvreté indigne du 21e siècle.

Le Premier ministre prétend rassurer les classes populaires en affirmant que le pouvoir d’achat des actifs va augmenter, notamment grâce à la suppression des cotisations salariales pour les salariés du privé, censée compenser pour eux la hausse de la CSG, et grâce à la baisse de la taxe d’habitation. Les travailleurs du privé verront peut-être leur salaire net augmenter un peu, mais d’une part ces cotisations supprimées seront autant de moins dans les caisses de la Sécurité sociale et d’autre part plus de huit millions de retraités verront, eux, leur pension diminuer à cause de la hausse de la CSG.

L’Insee a d’ailleurs fait les comptes : les mesures fiscales prévues en 2018 auront un effet négatif de 0,3 % sur le pouvoir d’achat moyen des ménages et encore, en tenant compte de la suppression de l’impôt sur la fortune qui ne profitera bien sûr qu’aux plus riches : sans cela, la baisse de pouvoir d’achat moyenne serait environ deux fois plus forte. Le gouvernement prétend donc littéralement faire passer une baisse pour une hausse ! Ce tour de passe-passe signifie surtout qu’il ne veut en aucun cas d’une augmentation des salaires qui serait prise sur la masse des profits.

Concernant le chômage, Philippe parle d’« une difficulté à trouver des travailleurs qualifiés dans certains secteurs industriels » et pointe le « problème d’adéquation entre la formation et les besoins ». La solution du gouvernement est donc la réforme de l’apprentissage et de la formation professionnelle. Mais les centaines de travailleurs de Pimkie, de PSA, de Tupperware ou de grandes banques dont l’emploi est sur la sellette ne manquent pas de formation !

Enfin, Philippe annonce qu’au cas où la croissance serait plus forte que prévu et permettrait au gouvernement de dégager un excédent de budget en 2018, il ne serait pas question d’en faire profiter la population : cette cagnotte servirait au remboursement de la dette.

Voilà une série de mesures dont la dimension « sociale » n’empêchera aucun millionnaire de dormir !

Nicolas CARL