Policiers agressés : faits tronqués et opération politique

10 Janvier 2018

Dans l’affaire des deux policiers agressés par des jeunes la nuit du 31 décembre à Champigny-sur-Marne, en banlieue parisienne, le moins qu’on puisse dire est que les médias ont d’abord présenté une version partielle des événements.

Les journaux télévisés ont diffusé les images choquantes de la policière à terre, frappée violemment par plusieurs jeunes. Les policiers seraient arrivés après que des voitures avaient été renversées par des jeunes refoulés d’une soirée de Nouvel An et auraient alors été agressés sauvagement.

Il y a manifestement eu là la violence stupide de quelques individus, mais par ailleurs le témoignage d’un lycéen, venu en aide à la policière pour l’éloigner de ses agresseurs, a éclairci les faits. La perspective d’une soirée du Nouvel An à 15 euros, vantée sur les réseaux sociaux par l’organisateur, a attiré des centaines de jeunes devant une salle loin de pouvoir tous les recevoir. Des bousculades de plus en plus importantes ayant entraîné la chute d’un petit muret, puis d’une cloison, les organisateurs ont appelé la police, qui une fois arrivée, s’est comportée comme elle a l’habitude de le faire avec des jeunes des quartiers de banlieue pour disperser un attroupement, procédant à des jets immédiats de lacrymogène et à des tirs de flashball. C’est après cette intervention musclée que quelques rues plus loin, deux policiers ont été agressés par un groupe de jeunes.

Face aux commentaires des médias – un journaliste du Figaro a même disserté à propos de ces événements sur la radicalisation islamique dans les banlieues ! – le jeune témoin a tenu à affirmer que la foule était mixte, aussi mélangée qu’elle peut l’être dans les quartiers populaires, qu’elle était constituée quasi exclusivement de jeunes mineurs, et que l’immense majorité des jeunes venus pour faire la fête n’avait absolument pas participé à l’agression des deux policiers.

Du côté des politiciens aussi, on a assisté à une avalanche de réactions autour de ces événements montés en épingle. Macron a parlé d’un « lynchage lâche et criminel » ; Gérard Collomb, d’« attaque contre la République », la droite et bien sûr le FN y ont vu une occasion de surenchère en reprenant la demande des syndicats de policiers d’augmenter la sévérité des peines, de rétablir les peines plancher et même de supprimer les allocations aux familles. Et tous de se demander gravement : « Y a-t-il impunité pour ceux qui s’en prennent à la police ? »

Cette affaire illustre le rôle indistinctement répressif de la police envers les jeunes des quartiers populaires, celui de médias qui ne rapportent qu’une partie des faits, et enfin celui de politiciens qui n’hésitent pas à aller sur les pires terrains de la démagogie.

Antoine FERRER