Macron en Chine : pour quelques milliards de dollars de plus

10 Janvier 2018

Les trois jours que le président, son épouse et une cohorte de chefs d’entreprise ont passés en Chine aux frais de l’État feront une brèche dans le budget, sans compter le cheval de la garde républicaine offert en cadeau et les accessoires de luxe Louboutin arborés par Brigitte Macron.

En retour cependant, les gros contrats signés et les espoirs ouverts pour « rééquilibrer » la relation commerciale – comme le dit Macron – au profit des capitalistes hexagonaux devraient être payants. Ceux-ci lorgnent en effet une part du grand projet de construction de routes, de ports, de voies ferrées, de parcs industriels que constituent les « nouvelles routes de la soie ». Ce projet à 1 000 milliards de dollars, dont l’idée a été lancée par le gouvernement chinois en 2013, est en effet déjà en chantier.

Parmi les visiteurs de commerce accompagnant Macron, Areva était sans doute un des mieux lotis, avec un contrat de fourniture d’un centre de retraitement de l’uranium à 10 milliards d’euros. Pas mécontente non plus, EDF apporte, au sud de la Chine, ses compétences à la mise en route d’un EPR, garanti sans doute plus fonctionnel que celui de Flamanville. Safran vendra des moteurs, LVMH du luxe, Accor des hôtels, BNP des crédits, et jusqu’à Isagri qui placerait des logiciels pour l’agriculture.

Autour de ce noyau dur de la visite présidentielle, Macron a pu bien sûr se permettre de brasser un peu de vent en évoquant l’opportunité de « relancer la bataille climatique », avec à l’horizon la COP24 à la fin de l’année. Pour « créer de la confiance pas à pas », il n’était semble-t-il pas à l’ordre du jour de parler des militants syndicaux poursuivis et des opposants politiques emprisonnés.

« Je suis venu vous dire que l’Europe était de retour », a préféré claironner le président de ce qui est une ancienne puissance coloniale, celle qui pendant la seconde moitié du 19e siècle, à l’époque des sanglantes guerres de l’opium et des traités inégaux, se partageait le marché chinois avec la Grande-Bretagne, l’Allemagne, le Japon et la Russie des tsars. Un retour dont les ouvrières et ouvriers chinois, déjà exploités au profit des capitaux occidentaux, n’ont guère à se réjouir.

Viviane LAFONT