Lutte contre les “fausses nouvelles” : censure, le retour ?

10 Janvier 2018

Dans ses vœux à la presse, après le couplet obligé sur la liberté et l’importance d’icelle, Macron a annoncé une loi contre les fausses nouvelles. Celles-ci, d’après le président, seraient d’autant plus répandues et nocives qu’Internet supplante désormais les moyens traditionnels d’information.

Et de donner, ce n’est jamais inutile pour un politicien, un coup de chapeau à la presse traditionnelle qui, elle, contrôlerait ses informations...

Le terme fausse nouvelle, fake news dans sa version anglaise, doit se comprendre dans sa version macronienne. C’est en effet le président ou ses services qui démêleraient le vrai du faux. La presse pourrait donc continuer à affirmer que le droit de licencier sans entrave favorise l’embauche, que l’armée française bombarde des villages pour y apporter la démocratie et même que Philippe est le Premier ministre de la feuille de paye.

En revanche, il serait désormais interdit de prétendre, pendant une campagne présidentielle, que tel candidat détient un compte en banque offshore, que tel autre est téléguidé par les Russes ou qu’un troisième est en fait un reptilien qui se nourrit de chair humaine. On voit bien l’intérêt d’un professionnel des campagnes électorales dans cette affaire. Il s’agit de leur conserver un minimum de sérieux et donc de crédibilité.

Les commentateurs ont souligné que de telles lois contre la diffamation publique existent déjà, ainsi que des procédures d’urgence lorsque la diffamation a lieu pendant une campagne électorale. Ces procédures sont régulièrement utilisées, y compris par Macron lui-même lors de l’élection présidentielle. Mais ce dernier va plus loin en promettant les instruments pour combattre ce qui n’est pas « parole de journaliste, mais propagande et projet politique nocifs pour la démocratie ». Là encore, le pouvoir déterminerait souverainement la nuisance de l’information.

On croit comprendre dans le discours présidentiel que les ennemis de la démocratie seraient les partis de droite et d’extrême droite qui accèdent au pouvoir en Europe centrale, les régimes autoritaires de Poutine et d’Erdogan, les complotistes, les sectes. Le président voudrait ainsi limiter ou interdire leurs activités sur Internet et leur influence dans les médias. Mais on frémit à le voir ériger en modèle ce qui est « parole de journaliste ». Celle-ci n’est bien souvent, prononcée comme s’il s’agissait de vérités éternelles, que l’énoncé direct des volontés du patronat. De là à assimiler à une fausse nouvelle passible des tribunaux toute opinion contraire, il n’y a qu’un pas.

Le monde de l’information, sur Internet ou pas, est plein de fausses nouvelles et de demi-mensonges, à commencer par ceux que propagent les gouvernements comme celui de Macron. Pour les travailleurs et la population, mieux vaut s’exercer à discerner par eux-mêmes le vrai du faux que de se fier à des vérités établies par le pouvoir ou ses proches.

Paul GALOIS