Lactalis : moins blanc que le lait

10 Janvier 2018

Selon l’information publiée début janvier par Le Canard enchaîné, des salmonelles présentes en août 2017 dans les locaux de l’usine Lactalis de Craon en Mayenne n’avaient pas été détectées en septembre lors d’une visite de routine de l’inspection sanitaire du ministère de l’Agriculture. Cela rend le groupe laitier suspect d’avoir caché des tests positifs à la salmonelle.

La direction du groupe dément bien sûr. Mais le site Lactalis de Craon, spécialisé dans la production de poudres de lait pour nourrissons, est à l’arrêt depuis le 8 décembre pour cause de désinfection. Tous les produits sortis de ses ateliers depuis le 15 février 2017 et encore en circulation ont été rappelés, soit plus de 1 350 références, des milliers de tonnes. Mais avant d’en arriver là, Lactalis a pris son temps.

Au mois d’août et encore en novembre, des prélèvements sur du matériel et des carrelages au sol avaient révélé la présence de bactéries dangereuses pour la santé des bébés. Mais la production avait continué sous prétexte que l’infection détectée ne concernait pas directement la chaîne de fabrication. Et on apprend que légalement rien n’obligeait Lactalis à tout arrêter et à tout contrôler pour stopper l’infection. De la même manière, la visite de routine des autorités sanitaires ne pouvait pas plus contribuer à détecter le danger puisque, dixit le préfet de la Mayenne lors d’une conférence de presse, « lors de ce type de contrôle, la DDCSPP ne procède ni à des prélèvements ni à des analyses ». La DDCSPP est la direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations.

Il a fallu l’annonce, le 2 décembre, de la contamination par des salmonelles, cause de très fortes diarrhées, de vingt bébés de moins de 6 mois pour que Lactalis, à la demande des pouvoirs publics, rappelle douze lots de produits, puis 625 le 4 décembre, tout en continuant à produire. Ce n’est que le 8 décembre, à la veille du dépôt d’une première plainte du père d’un bébé, que la production a été officiellement arrêtée. Au total, 31 nourrissons ont été victimes de la bactérie infectieuse et des réactions pour le moins au ralenti de Lactalis.

Lactalis, premier groupe laitier mondial et propriété de la famille Besnier, classée onzième plus grosse fortune de France, s’est lancé depuis 2006 sur le marché du lait infantile. Ce marché très lucratif est dominé par Danone et Nestlé, qui contrôlent à eux deux 80 % des ventes dans le monde. La famille Besnier veut sa part du fromage et a racheté l’usine de Craon pour entrer dans cette course à marche forcée. C’est sans doute bon pour les actionnaires. Mais pas pour la santé des bébés, car Lactalis ne se laisse pas arrêter par quelques salmonelles.

Philippe Logier