Alimentation : hausse programmée des prix

10 Janvier 2018

Cinq mois après leur inauguration par Emmanuel Macron, les États généraux de l’alimentation ont été clôturés le 21 décembre par le Premier ministre, en présence de l’ensemble des représentants patronaux du secteur agroalimentaire.

Au sortir de ces États généraux, deux mesures ont été annoncées, dont les consommateurs, et plus précisément les familles ouvrières, vont faire les frais.

La première mesure précise que les promotions dans l’alimentaire ne pourront plus dépasser 34 % de réduction sur le prix affiché et 25 % des volumes proposés à la vente. Cela signifie en clair qu’on ne trouvera plus en rayons des lots de trois produits pour le prix de deux. Quatre pour le prix de trois sera par contre possible, ce qui sauvegardera au moins le bénéfice des grandes surfaces. La deuxième mesure concerne la baisse des prix de certains produits en dessous de leur prix d’achat au fournisseur, que les distributeurs nomment le seuil de revente à perte (SRP). C’est une pratique habituelle dans la grande distribution pour des produits approchant de leur date limite de vente ou dont on veut réduire les stocks. Désormais le SRP sera obligatoirement relevé de 10 %. Il y aura là des augmentations de prix que les consommateurs vont devoir supporter.

Le gouvernement prétend que ces mesures visent à mieux rémunérer les agriculteurs. Mais ce sont d’abord les industriels et la grande distribution qui sont aidés grâce à la limite qui est ainsi mise à la concurrence. Mais aucune loi ne protégera les petits producteurs de l’insatiable soif de profit des propriétaires des grandes enseignes qui, grâce à la position dominante de leurs centrales d’achat, sont tout puissants sur le marché.

Ainsi, en 2015, la grande distribution avec neuf grands groupes, dont Leclerc, Intermarché, Carrefour, Système U, Auchan, Casino a totalisé 65,5 % des achats alimentaires. Et pour être encore plus forts face à leurs fournisseurs, certains de ces groupes passent même des accords entre eux, comme Casino et Intermarché ou encore Auchan et Système U.

C’est la même situation dans l’industrie. Si 98 % des entreprises agro-industrielles restent des PME, une poignée de grands groupes tels que Danone, Nestlé, Lactalis ou Bonduelle représentent à eux seuls 40 % de la valeur produite et sont en mesure de négocier d’égal à égal avec la grande distribution, au détriment des petits producteurs et des consommateurs.

Alors les gouvernants peuvent organiser des conférences, faire des discours, faire voter des lois ou décréter des ordonnances, cela n’est que poudre aux yeux car ils se refusent à toute mesure contraignante contre le grand capital de la distribution et de l’agroalimentaire.

Philippe Logier