Sécurité routière : irresponsabilité sociale

03 Janvier 2018

Le projet prêté au gouvernement de réduire la vitesse de 90 à 80 km/h sur les routes départementales a relancé le débat sur la sécurité routière. La question n’a rien d’anecdotique : dix personnes sont tuées chaque jour sur la route, 500 000 auraient péri dans des accidents depuis 1945 ; plus de 40 millions de véhicules circulent, dont 6 millions de camions, 750 000 bus ou autocars, 4 millions de deux-roues.

Les facteurs causant ou aggravant les accidents de la route sont connus : vitesse excessive, consommation d’alcool ou de stupéfiants, mauvais état du véhicule et de la chaussée, utilisation du téléphone au volant, intensité de la circulation. Des progrès sont possibles, l’obligation du port de la ceinture et son acceptation généralisée le prouvent. Mais cela ne règle pas le problème, loin de là. Car les accidents de la route ne sont pas tant le résultat d’une somme de comportements individuels dangereux que le produit de comportements sociaux. Une société qui prône l’individualisme et le chacun-pour-soi retrouve inévitablement tous ces comportements sur la route, aux feux rouges, le samedi soir sur les parkings déserts et jusque dans les rues piétonnes.

La consommation massive, répétée et tolérée d’alcool a commencé bien avant l’usage de l’automobile. Elle continue à être encouragée par les industriels et vantée dans les médias. Le cannabis et certains produits pharmaceutiques ne sont pas moins dangereux au volant. Mais faire reculer la consommation des drogues de toute nature, cela dépasse de beaucoup les possibilités du ministère de l’Intérieur, quand bien même il s’y intéresserait réellement.

Il est irresponsable de téléphoner au volant, mais il y a pourtant de plus en plus de conducteurs qui sont contraints de le faire. Ce sont les professionnels de la livraison et autres activités de services motorisés. La généralisation du téléphone portable a considérablement dégradé leurs conditions de travail et les a transformés en contrevenants de fait.

Les véhicules en mauvais état représentent un danger. Mais combien de millions de travailleurs ne peuvent ni se passer de leur voiture, ni en acheter une neuve. Ils ne peuvent qu’attendre avec anxiété le prochain contrôle technique. Il est plus facile pour un gouvernement d’annualiser le contrôle technique que de prévoir des transports en commun ou de contraindre le patronat à maintenir le ramassage en car des ouvriers.

Le nombre croissant de camions sur les routes, les horaires imposés aux routiers sont des risques majeurs qui découlent directement de la politique patronale de rentabilité à tout prix. La dégradation des voies de circulation découle, elle, de la politique d’économies de l’État et des choix des collectivités territoriales.

Le fait même qu’il y ait quasiment autant d’automobiles que de conducteurs potentiels dans ce pays, qui est évidemment la source principale d’accidents de la route, montre qu’il s’agit bien d’un problème social. Il découle de l’évolution d’un siècle de capitalisme, dans lequel l’industrie automobile a tiré la course au profit et organisé toute la vie sociale. Il n’y a pas si longtemps, par exemple, que l’État a cessé de construire des autoroutes traversant les grandes villes.

On peut souhaiter que des mesures soient prises contre la violence routière, aussi efficacement que le fut en son temps l’obligation du port de la ceinture. Mais, pour cette violence-là comme pour d’autres, soigner les symptômes ne suffira pas pour éradiquer la maladie.

Paul GALOIS