Cohésion nationale : vieille soupe et chaudron neuf

03 Janvier 2018

En complément de ses vœux télévisés, Macron a adressé à la jeunesse un message d’une grande concision l’appelant à la cohésion nationale.

Il y reprend et explicite sa phrase imitée de Kennedy : « Demandez-vous chaque matin ce que vous pouvez faire pour la France. » La France serait donc cette vaste et maternelle collectivité qui prendrait soin de chacun de ses membres. La cohésion nationale réclamée par Macron consisterait alors à se lever tous les matins au son du clairon, saluer le drapeau et remercier le destin d’avoir hérité de la carte d’identité adéquate.

Un vieux mensonge ne devient pas une vérité en sortant de la bouche d’un président nouveau-né. L’existence et le fonctionnement des services publics reposent certes sur l’effort collectif, mais c’est celui des dizaines de millions de travailleurs, de toutes origines et nationalités, qui créent la richesse sociale. En fait, c’est même l’ensemble du travail accompli depuis des siècles, à l’échelle du globe, accumulé dans quelques pays riches comme la France, qui y permet une certaine protection sociale.

De plus, si Macron et ses ministres pensent au service public, aux retraites ou à l’aide sociale, en se levant le matin, c’est pour se demander comment les réduire. Loin de préserver le service public, ils s’acharnent à leur tour à diminuer ses moyens et à en faire une vache à lait pour le privé. Les infirmières à bout de fatigue, les cheminots atterrés par les dysfonctionnements, les enseignants, les parents d’élèves et beaucoup d’autres apprécieront les appels macroniens à la cohésion nationale.

Enfin, un tout petit nombre de personnes reçoivent tout de la collectivité nationale et considèrent ne rien lui devoir. Les grandes familles bourgeoises, les Michelin, Dassault, Peugeot, Mulliez, Arnault, etc., prennent la part du lion du produit du travail collectif, concentrent les subventions et les commandes d’État, utilisent ce dernier comme voyageur de commerce, banquier, logisticien, assureur, client, marieur et juge de paix, alors même que leur contribution fiscale diminue chaque année.

Pour ces derniers, et pour eux seulement, la cohésion nationale a un sens. Elle signifie : tout le monde au pas derrière le capital, et Macron ou un autre à la tribune pour donner la cadence.

Paul GALOIS