Tchad : dans le nœud coulant de la finance

13 Décembre 2017

Le Tchad se retrouve aujourd’hui étranglé par une dette de plus d’un milliard de dollars envers le trust Glencore. Cette affaire est révélatrice du pillage des ressources pétrolières du pays par les capitalistes de l’or noir et de la finance, avec la complicité du dictateur Idriss Déby, un pillage dont la population fait les frais.

C’est en 2003 qu’a commencé l’extraction du pétrole récemment découvert au Tchad. Un consortium formé par deux compagnies américaines, Exxon et Chevron, ainsi qu’une compagnie malaisienne, Petronas, a mis la main sur l’extraction et le transport du pétrole par un oléoduc de mille kilomètres jusqu’à un port du Cameroun. Pour que ces groupes capitalistes profitent de cette nouvelle manne, des milliers de paysans ont été expropriés et chassés vers les bidonvilles de la capitale, des Pygmées ont été privés de leur terrain de chasse forestier, des populations ont dû partir, du fait de la pollution des sols et des nappes phréatiques.

Dès le départ, les contrats assurant à ces trusts l’exploitation du pétrole ont piétiné les droits des habitants, avec la bénédiction du gouvernement tchadien, soutenu par la France depuis des décennies. La Banque mondiale a soutenu le projet, arguant d’une promesse de développement pour la population.

Non seulement le Tchad ne recevait que 12,5 % des revenus pétroliers, mais il était évident dès le début que le dictateur confondrait ses caisses avec celle de l’État. La rente pétrolière permit surtout à Déby d’assurer la stabilité de sa dictature et de continuer à acheter des armes pour servir de supplétif à l’impérialisme français dans ses différentes interventions militaires en Afrique.

En revanche la population ne connut guère d’amélioration de son sort. Il fallut des luttes de travailleurs dans tous les secteurs pour imposer des augmentations de salaires. En 2014, le cours du brut chuta brusquement, entraînant une perte de revenus pour l’État tchadien. Cela se traduisit par une aggravation de la situation de la population. Le gouvernement frappa les travailleurs de la fonction publique avec des baisses de salaires, puis toute la population en augmentant les prix. Des manifestations, des grèves, des mobilisations se succédèrent pour contester ces mesures et le pouvoir de Déby. La répression y répondit à chaque fois avec le soutien des gouvernements français. Encore une fois, la dépendance d’un pays pauvre aux matières premières, c’est-à-dire au marché mondial, se traduisait par une catastrophe.

À cette catastrophe s’ajouta l’existence d’un accord avec Glencore, au seul profit de ce dernier. En 2014, juste avant la chute du cours du brut, le gouvernement tchadien voulut racheter la part de Chevron dans le consortium, soit 25 % des champs pétrolifères. Glencore et différentes banques comme Natixis ou la Société générale prêtèrent donc 1,45 milliard de dollars à l’État tchadien, ce prêt devant être remboursé directement en pétrole brut évalué au cours du jour. La chute des cours du pétrole transforma cet accord en nœud coulant : l’État tchadien se retrouva contraint d’utiliser 98 % de ses revenus liés au pétrole pour rembourser cette dette.

Une bonne partie de l’accord reste largement secret du fait de Glencore comme de celui du gouvernement, victime consentante et corrompue. Non seulement le Tchad n’a pas recouvré la propriété de ses champs de pétrole mais, avec l’accord, Glencore s’est débrouillé pour mettre la main sur les revenus de l’État tchadien, à commencer par les royalties dues par les autres opérateurs pétroliers.

La population, qui n’a pas vu l’ombre d’un avantage à la découverte du pétrole, subit de plein fouet la chute du prix brut et devra payer les frais de ce pillage.

Marion AJAR