Qatar : pour Macron, l’argent n’a pas d’odeur

13 Décembre 2017

Le 8 décembre, Macron rendait visite au dirigeant du Qatar, le cheikh al-Thani. Au programme : prendre soin des relations diplomatiques avec cet État gazier richissime, allié de l’Iran. Au passage, et ce n’était pas une des moindres motivations de ce voyage, de substantiels contrats ont été signés avec de grands groupes industriels français, pour plus de 11 milliards d’euros.

Le Qatar va ainsi acheter 490 blindés légers à Nexter, 50 avions civils A321 à Airbus, confier la gestion du métro à Doha et du tramway à Lusail à la SNCF et à la RATP, et des opérations de dépollution à Suez. Et bien sûr, Dassault n’a pas été oublié avec la vente de 12 avions Rafale, et il pourrait même y en avoir 36 de plus dans un futur proche. C’est donc Noël avant l’heure pour les patrons de ces grands groupes.

Macron a évidemment remisé au placard les propos qu’il avait tenus pendant les élections présidentielles contre le Qatar qu’il soupçonnait de financer le terrorisme. Il a même déclaré que « la France et le Qatar ont décidé de conclure… une feuille de route pour renforcer nos coopérations en matière de lutte contre le terrorisme ». Mais, si le Qatar a soutenu financièrement et militairement des milices djihadistes en Syrie, dans la guerre contre le régime de Bachar al-Assad, il l’a fait, au moins dans un premier temps, avec l’accord des grandes puissances, France comprise, quand cela correspondait à leurs intérêts.

Quant aux conditions de travail effroyables au Qatar, où des centaines de milliers de travailleurs venus d’Asie sont traités comme des serfs et parqués dans des camps, le silence radio a prévalu sur ce point, les affaires sont les affaires. D’autant que les groupes capitalistes français qui ont des chantiers au Qatar en profitent largement quand ils ne les aggravent pas eux-mêmes. L’organisation humanitaire Sherpa affirmait en 2015 que le groupe du BTP Vinci ne « respecte même pas les lois sociales locales, pourtant assez peu protectrices pour les travailleurs ».

Mais le déplacement de Macron avait aussi des visées à plus long terme. Alors que les tensions sont croissantes au Proche-Orient entre l’Arabie saoudite d’un côté et l’Iran de l’autre, la politique de l’impérialisme français est, tant qu’il le peut, de ne se fâcher avec personne. Dans une situation géopolitique plus qu’incertaine et sur laquelle, en tant qu’impérialisme de second rang, il n’a plus prise depuis bien longtemps, c’est le seul moyen de préserver ses intérêts, à commencer par l’accès aux marchés de la reconstruction en Irak et en Syrie.

Or, en invitant le Premier ministre libanais Hariri à Paris, alors que l’Arabie saoudite était de toute évidence en train de le retenir chez elle pour le forcer à démissionner, et créer une crise politique au Liban, Macron avait en réalité permis aux dirigeants saoudiens de se sortir d’un mauvais pas dans lequel ils s’étaient engagés eux-mêmes. Et après avoir trop penché du côté de l’Arabie saoudite, Macron se devait de rétablir l’équilibre et faire un pas vers le camp de l’Iran et de son allié gazier, le Qatar. Celui-ci lui en a été reconnaissant sur le champ, en confirmant et en programmant cette série de contrats en direction de l’industrie française.

« La France ne choisit pas un camp contre un autre » a dit la diplomatie française. En fait, le camp du président-VRP Macron, c’est celui que les intérêts du grand patronat français lui dictent. Tout cela, bien entendu, au nom de la paix, des droits de l’homme et de la lutte contre le terrorisme…

Arnaud LOUVET