Chine : les forçats de la route

13 Décembre 2017

Le site China labor bulletin, qui recense et tente de décrire les conditions de vie et les luttes des travailleurs chinois, mentionne de nombreux mouvements et manifestations de routiers et de grutiers itinérants depuis la mi-novembre. Ces deux catégories de travailleurs protestent contre la dixième hausse du prix du carburant depuis le début de l’année.

Les équipes de grutiers se déplacent par la route avec leur matériel, de chantier en chantier. Le coût du transport pèse lourd dans leurs frais et les grutiers sont face à des donneurs d’ordres puissants. Les routiers sont encore plus nombreux à être étranglés par les mesures de hausse des prix des carburants. En Chine, 80 % du fret passe par la route et l’écrasante majorité des 30 millions de routiers travaillent dans de toutes petites entreprises. Six millions d’entre eux sont même simplement propriétaires et chauffeurs de leur seul et unique véhicule. Endettés et soumis à toutes les pressions, ils peinent à trouver des contrats rentables. N’ayant d’autre solution que de tirer leurs marges vers le bas, ils sont les premiers touchés par la hausse des carburants et, probablement, les premiers à protester.

L’exploitation éhontée et anarchique de millions de travailleurs dits indépendants permet certes à une foule d’intermédiaires de s’enrichir, mais elle atteint ses propres limites. Les camions roulent ou stationnent à vide quatre jours sur dix, des milliers de véhicules encombrent les abords des zones industrielles en attente de chargement, les routes sont dangereuses, les contrats mal garantis, les accidents et pertes fréquents. Tout cela fait que, globalement, le transport et la logistique représentent 15 % du PIB de la Chine et 7,5 % seulement aux États-Unis. Ce chiffre donne une mesure du retard réel de la Chine et du gâchis de travail humain qu’il entraîne.

La situation serait en voie de rationalisation grâce à la fusion des deux plates-formes Internet chinoises qui mettent en relation une partie des routiers, affréteurs, industriels et commerçants. La gestion centralisée remplacerait donc les intermédiaires multiples pour une partie croissante des transactions. Mais elle concernerait toujours des chauffeurs indépendants. Si on juge par l’exemple des plates-formes Uber pour les taxis dans les grandes villes de France, l’amélioration du système n’est pas garantie mais la surexploitation des chauffeurs est prévisible.

Heureusement, ces travailleurs semblent surtout prendre confiance dans la lutte pour améliorer leur sort.

Paul GALOIS