États-Unis : le gros cadeau de Trump aux patrons

06 Décembre 2017

Pour Noël, les entreprises américaines devraient se voir offrir un gros cadeau, sous la forme d’une réforme fiscale abaissant énormément l’impôt sur les bénéfices.

Après la Chambre des représentants, le Sénat vient en effet de voter sa propre version d’une nouvelle loi fiscale. Il est probable que les deux Chambres, chacune dominée par les républicains, s’entendront sur un texte législatif unique avant la fin de l’année, sous le patronage intéressé du président-chef d’entreprise Trump.

Le cœur de cette réforme consiste à faire passer, à partir de 2019, le taux de l’impôt sur les bénéfices des sociétés de 35 % à 20 ou 22 %, selon le compromis que trouveront les deux Chambres. En fait, les plus grosses entreprises avaient déjà bien des moyens de diminuer leur taux réel d’imposition, certaines ne payant pas du tout d’impôt sur leurs profits. Ainsi cet impôt, qui représentait un tiers des rentrées de l’État fédéral il y a 65 ans, n’en rapporte plus que 11 %. L’État américain va encore leur faciliter la tâche en devenant une sorte de paradis fiscal : les entreprises devraient y gagner 1 500 milliards de dollars sur dix ans.

Les multinationales américaines sont également incitées à rapatrier vers les États-Unis les 2 900 milliards de profits logés à l’extérieur du pays, en payant non plus une taxe de 35 %, mais une version réduite à 10 ou 14 %. Cela devrait particulièrement plaire aux géants de l’Internet, froissés par certaines dispositions anti-immigration de Trump, car ils disposent de 1 200 milliards de dollars dans des paradis fiscaux.

Les promoteurs de ces cadeaux aux plus grosses entreprises américaines prétendent que cela favorisera leur compétitivité sur le marché mondial, et donc permettra de créer des emplois. On connaît ce genre d’argument en France, où les milliards touchés grâce au pacte de responsabilité et au CICE n’ont pas fait diminuer le chômage.

Aux États-Unis aussi, c’est surtout dans les activités financières, la spéculation et la poche des actionnaires que se retrouveront bientôt ces milliards. Cette réforme fiscale, que Trump vante comme un succès de sa politique, est avant tout une exigence de la bourgeoisie américaine, que les responsables politiques satisfont, au risque de creuser le déficit budgétaire et d’augmenter encore le monceau de dettes de l’État fédéral.

Quant à la population américaine, elle paiera probablement la note sous la forme de restrictions supplémentaires des dépenses et investissements publics dans les secteurs nécessaires à la vie collective et aux plus démunis.

Lucien DÉTROIT