Distribution : acheter, revendre, licencier…

06 Décembre 2017

La même semaine, C&A et les Galeries Lafayette, deux enseignes implantées dans des centres-ville, ont annoncé leur intention de réduire leur parc de magasins en propre : soit en revendant certains magasins, soit en tentant d’en confier la gestion à des repreneurs en franchise.

Dans tous les cas, les salariés sortiront des effectifs de l’enseigne et n’ont aucune garantie, malgré les déclarations patronales, vendeurs comme repreneurs, sur la pérennité de leur emploi et de leur contrat une fois la vente effective. On veut leur faire croire que tout se passera au mieux. Ils ont au contraire toutes les raisons de se méfier.

Ainsi, chez C&A, les actionnaires ont décidé de se débarrasser de 13 magasins, sur un parc de 160 implantés en France. Cela touche près d’une centaine de salariés, à qui on dit que deux repreneurs sont sur les rangs, ­Stokomani et Chausséa.

Le premier est un dé­stockeur d’articles en tout genre dont les effectifs se cantonnent à des opérations de mise en rayon et de caisse, sans vendeurs ni démonstrateurs. Et le second expose des chaussures dans un alignement de rayons où le client est amené à faire son choix puis à passer en caisse. L’emploi des salariés actuels des 13 magasins de C&A est donc bien en cause.

Il en est de même aux Galeries Lafayette, où l’annonce de la mise en franchise de 22 magasins sur 53 vient d’être faite. Cinq magasins ont fermé en 2004, trois en 2016, pour le plus grand profit de la famille Moulin, propriétaire de l’enseigne, qui figure dans le peloton de tête des plus grandes fortunes du pays. Celle-ci a annoncé, tout en sortant 900 salariés des effectifs du groupe, l’ouverture d’un magasin sur les Champs-Élysées avec un loyer annuel de 18 millions d’euros. Elle a accru sa participation au capital de Carrefour, passant en un an de 9,5 % à 11,5 %, devenant ainsi l’un des plus importants actionnaires de l’enseigne, avec le patron de LVMH, le milliardaire Arnault. Et elle vient d’afficher sa volonté de rachat de La Redoute, redevenue rentable après restructuration et suppression de très nombreux emplois.

Les patrons manœu­vrent pour repasser la décision des suppressions de postes à d’éventuels repreneurs, des complices qui veulent aussi leur part de profits. Il faut arrêter ce scénario, concocté entre exploiteurs.

Philippe Logier