La Révolution d’Octobre et le droit des peuples23/11/20172017Journal/medias/journalnumero/images/2017/11/2573.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Russie 1917 : la révolution au fil des semaines

La Révolution d’Octobre et le droit des peuples

Les bolcheviks s’étaient battus pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Dans cette prison des peuples qu’était l’Empire tsariste, cela signifiait se battre pour la fin de la domination russe sur les populations non-russes. Après Octobre, la révolution passa des paroles aux actes. Voilà ce qu’écrit à ce sujet Victor Serge dans son livre L’an I de la Révolution russe.

« Il restait à porter à l’impérialisme, continuateur des traditions conquérantes de la Grande-Russie féodale et commerçante, un coup décisif. (…) La vraie révolution russe devait, sous peine de compromettre irrémédiablement ses destinées, libérer sur l’heure les nationalités asservies à l’Empire écroulé.

La population de l’Empire se décomposait comme suit au point de vue des nationalités : Grands-Russiens 56 millions ; Ukrainiens 22,3 millions ; Blancs-Russiens 6 millions ; Polonais 8 millions ; Lithuaniens 3,1 millions ; Allemands 1,8 million ; Moldaves 1,1 million ; Juifs 5,1 millions ; Finlandais 2,6 millions ; peuples du Caucase 1,1 million ; peuples turco-tartares, 13 millions. Le statut de l’Empire était caractérisé par l’hégémonie absolue de la nation conquérante grand-russienne ; sa langue était la seule langue officielle (…). De mars 1917 à octobre, le gouvernement provisoire, soucieux de l’intégrité territoriale de l’ancien Empire et plus encore des avantages matériels que la bourgeoisie russe retirait de l’asservissement des peuples conquis, avait continué (…) la politique nationale de l’ancien régime. (…) Or la chute de l’autocratie avait déterminé le réveil des mouvements nationaux qui se traduisaient, en Finlande et en Ukraine notamment, par des tendances autonomistes. (…)

Le 2 novembre, (…) le gouvernement des soviets promulguait la Déclaration des droits des peuples de la Russie, que l’on peut résumer en trois points : 1° Égalité et souveraineté des peuples ; 2° Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes jusqu’à se séparer pour former des États indépendants ; 3° Abolition de tous les privilèges nationaux et religieux ; et libre développement de toutes les minorités nationales ou ethnographiques.

(…) Un appel aux travailleurs musulmans de la Russie et de l’Orient était publié vingt jours plus tard (…). Jamais auparavant les Européens n’avaient tenu pareil langage à des peuples opprimés, asservis, conquis, « protégés » depuis des siècles : les traités secrets accordant Constantinople à la Russie, nous les avons déchirés. Déchiré, le traité de partage de la Perse ! Déchiré, le traité de partage de la Turquie ! Annulée, l’annexion de l’Arménie ! « Organisez librement, sans entraves, votre vie nationale… Vous devez être les maîtres de vos pays (…). Votre sort est entre vos propres mains. »

Le cas de l’Ukraine

Avant la guerre de 1914-1918, les trois quarts de la production totale du charbon de l’Empire provenaient de l’Ukraine ; les deux tiers des minerais de fer ; (…) les quatre cinquièmes du sucre ; les neuf dixièmes des blés exportés par la Russie. C’était de beaucoup le pays le plus riche de l’Empire. (…) À la chute de l’autocratie, le réveil du mouvement national ukrainien devait être immédiat. Une sorte d’assemblée nationale ukrainienne, la Rada, se constitua (…). Aussi la Rada salua-t-elle la révolution d’Octobre comme une libération, mais (…) la bourgeoisie et la petite bourgeoisie ukrainienne n’entendaient pas suivre le prolétariat dans les chemins de la révolution sociale. Or les soviets ouvriers d’Ukraine marchaient de pair avec ceux de Russie.

La Rada tenta de louvoyer (…). Son manifeste du 7 novembre est un curieux pastiche des déclarations du gouvernement des soviets. Il prononce (…) la confiscation des terres des propriétaires fonciers, (…) la journée de huit heures, (…) des mesures énergiques pour mettre un terme à la guerre (…).

Tout en tenant cet habile langage, la Rada accordait aux officiers blancs et aux unités de troupe (…) le libre passage sur son territoire ; refusait ce droit aux troupes rouges (…) ; désarmait les formations soviétiques. Le Conseil des commissaires du peuple lui adressa, le 4 décembre, un ultimatum qui commençait par ces mots significatifs : « Nous reconnaissons sans réserves ni conditions les droits nationaux et l’indépendance nationale du peuple ukrainien. »

La Rada dut déposer le masque (…). La grève générale éclata à Kiev. (…) Les rouges entrèrent dans Kiev (…).

La France, intervenant en faveur de la contre-révolution, ne s’était pas bornée à reconnaître hâtivement l’indépendance de l’Ukraine et à envoyer à Kiev une mission militaire ; elle avait consenti un prêt de 180 millions de francs. La Rada, ainsi appuyée par le gouvernement français, conseillée par des agents français (…), sollicita, contre le bolchevisme, l’appui des Empires centraux. »

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