Radiations à Pôle emploi : calomnies contre les chômeurs

15 Novembre 2017

Les premiers résultats communiqués par Pôle emploi sur les mesures de contrôle des chômeurs ont montré que les « bataillons de profiteurs », pointés du doigt par une bonne partie de la presse et des politiciens bourgeois, n’existaient pas.

En octobre, on avait assisté à un festival de déclarations, toutes plus écœurantes les unes que les autres : Castaner, le ministre des Relations avec le Parlement, déclarait que « la liberté, ce n’est pas de bénéficier des allocations chômage pour partir deux ans en vacances »« aux Bahamas ! », renchérissait le député LREM de Seine-Maritime Damien Adam. Une propagande menée sous la dictée du patronat et de Gattaz.

Depuis un an et demi, appliquant les idées de Rebsamen, l’ex-ministre du Travail de Hollande, Pôle emploi a généralisé le contrôle des chômeurs qui s’est appliqué à 270 000 d’entre eux. Ces contrôles, précisent des associations, visaient pour la plupart des personnes ciblées : soit ne se rendant pas assez souvent sur le site de Pôle emploi, soit dénoncées par un patron comme faisant preuve de mauvaise volonté, soit manquant d’enthousiasme lors des entretiens avec les conseillers. Malgré ces méthodes de flicage et ces statistiques biaisées, selon le bilan de Pôle emploi, 86 % des chômeurs, c’est-à-dire l’immense majorité, cherchent vraiment un travail. Il n’y a que les nantis que ces chiffres peuvent étonner.

À la suite des contrôles, près de 40 000 chômeurs, les 14 % restants, ont été provisoirement radiés. Ce chiffre prouve juste que certains, à force de recherches infructueuses, se sont découragés. D’ailleurs, plus de la moitié d’entre eux ne touchaient déjà plus d’allocation. D’autres ont été rayés pour une broutille, car tous les travailleurs qui ont connu une période de chômage le savent : il suffit de ne pas se présenter à une convocation pour être radié. Plusieurs milliers de personnes supplémentaires vont se retrouver ainsi sans aucune ressource.

Macron parle de multiplier par cinq le nombre de contrôleurs dans les prochaines années, le portant de 200 à 1 000. Ce sera autant de conseillers en moins et toujours plus de flicage. Cela ne créera pas un seul emploi mais fera peut-être baisser la courbe officielle du chômage en augmentant les radiations.

Cela fait des années que la plupart des responsables politiques, bien incapables d’empêcher les patrons de supprimer des emplois et de licencier, choisissent de désigner les chômeurs comme responsables de leur situation. On a créé le mythe, basé sur des chiffres bidon, de centaines de milliers « d’emplois non pourvus », comme si des milliers de patrons cherchaient désespérément à créer des emplois mais ne trouvaient personne ! Cette campagne de propagande alimente malheureusement des préjugés existant dans la population.

C’est un piège pour tenter de diviser le monde du travail entre ceux qui ont – provisoirement – un travail et ceux qui n’en ont pas. S’en prendre aux chômeurs, leur supprimer tout revenu, accroître ainsi la pression pour qu’ils acceptent n’importe quel travail, dans n’importe quelle condition, est aussi un moyen d’accélérer la dégradation générale des conditions de travail de tous.

Antoine FERRER