Paradise papers : les États, premiers détrousseurs des finances publiques

08 Novembre 2017

Depuis le 6 novembre, chaque jour est publiée dans le cadre des Paradise papers une liste de personnalités politiques, économiques ou autres ayant bénéficié de l’aide d’un cabinet spécialisé dans l’évasion ou l’optimisation fiscale, dont des millions d’opérations ont été interceptées et transmises à un pool de journalistes répartis dans différents pays.

Sans en être vraiment surpris, on voit ainsi à l’œuvre l’hypocrisie de ceux qui osent parfois se présenter comme les chevaliers de l’intégrité, mais sont impliqués jusqu’au cou dans ces tripatouillages.

Au-delà, comment prendre au sérieux les gouvernants qui se disent indignés et prétendent avoir une réponse à ce problème ? Et, plus généralement, est-il possible de moraliser le capitalisme et peut-on demander que les États soient au service de toute la population ?

En France, on a ainsi eu droit aux sorties du ministre de l’Économie Bruno Le Maire, qui a annoncé sa volonté de lutter contre les entreprises qui échapperaient à l’impôt, ou encore du commissaire européen Moscovici, qui veut ramener à la raison les grands trusts en les obligeant à payer normalement leurs impôts.

Comme l’ont fait remarquer ceux qui publient la liste de ces bénéficiaires de l’évasion fiscale, dans la grande majorité des cas celle-ci s’est faite en toute légalité. Il ne s’agit pas de failles dans la réglementation, comme le dit la presse, mais de l’application des lois adoptées par les différents États dans le monde capitaliste, indépendamment de la couleur politique des gouvernements. Ceux qui protestent et font semblant de s’indigner aujourd’hui sont aussi ceux qui ont mis au point, au fil des ans, les règles qui permettent à toutes les grandes sociétés et aux riches capitalistes d’échapper à l’impôt, à l’opposé du reste de la population qui, elle, n’a aucune échappatoire.

Ces dirigeants politiques qui s’indignent voudraient faire croire que les États nationaux ou les structures européennes seraient ou pourraient être au service de la collectivité.

De fait, le montant estimé de cette évasion fiscale se monterait à 350 milliards d’euros sur l’ensemble de la planète. Cet argent qui n’arrive pas dans les caisses des différents États est payé par le reste de la population pour assurer le fonctionnement minimum des structures publiques. Mais il en a toujours été ainsi, même si le phénomène s’accentue encore en cette période de crise de l’économie capitaliste.

Macron lui-même, pour ce qui concerne la France, a pris toute une série de mesures qui exemptent encore plus les capitalistes et les classes riches d’une partie des impôts qu’ils avaient à payer jusqu’ici. Mais il n’a pas inauguré ces allègements fiscaux, tout à fait légaux, ni les milliards de cadeaux faits par l’État aux capitalistes avant que ceux-ci n’aillent en cacher une partie dans les paradis fiscaux. Le rôle des États et des gouvernements dans cette société capitaliste, en France comme dans les autres pays, est de défendre les intérêts de cette classe qui domine la société. Et toute la structure étatique est construite pour remplir cette tâche.

Pour la France, les pertes estimées pour l’État, dans le scandale des Paradise papers, se monteraient à 20 milliards d’euros par an. Tout en versant des larmes de crocodile sur le manque à gagner pour l’État résultant des fraudes et autres optimisations fiscales, c’est plus du double, 41 milliards d’euros par an, que le gouvernement Hollande a donnés en cadeaux aux entreprises avec le pacte de responsabilité.

Eh oui, les États font leur job, comme on dit, en pressurant la population pour préserver les intérêts exclusifs des plus riches. Les Paradise papers ne font que le confirmer.

Paul SOREL