Paradise papers : Les bourgeois français en bonne place

08 Novembre 2017

L’affaire des Paradise papers met à nu les méthodes employées par de grandes fortunes et par des entreprises pour échapper à l’impôt.

Parmi elles, de riches sportifs comme Lewis Hamilton, quadruple champion du monde de Formule 1, exilé fiscal à Monaco, bénéficiant de contrats de sponsoring à Malte et gérant sa fortune depuis une société immatriculée à Guernesey. En faisant enregistrer l’achat de son jet privé sur l’île de Man, il a économisé 4 millions d’euros de TVA. D’autres noms cités font partie du gratin du monde politique, des conseillers de Trump concluant des contrats avec des hommes d’affaires de l’entourage de Poutine, en passant par la reine d’Angleterre, détentrice de parts dans des fonds d’investissement situés dans des paradis fiscaux.

Des entreprises sont mises sous les feux de la rampe. Grâce à des montages financiers à cheval entre les Bermudes et les Pays-Bas, Nike a pu ainsi ne payer que 2 % d’impôts sur ses 7,5 milliards d’euros de recettes en Europe. C’est aussi le cas de Whirlpool, qui fait circuler des centaines de millions de dollars entre ses 225 filiales dans plus de 50 pays, pour profiter des fiscalités les plus avantageuses. Comme le résumait un de ses responsables : « En tant que compagnie cotée en Bourse, nous avons la responsabilité envers nos actionnaires de gérer au mieux nos opérations mondiales et de fournir du retour sur investissements. »

Des dirigeants politiques français, dont Bruno Le Maire, sont montés au créneau pour dénoncer une attaque contre la démocratie, s’inquiétant au passage que ces révélations n’entraînent une résistance à l’impôt chez des citoyens plus modestes. Mais le ministre de l’Économie a été beaucoup moins prolixe sur les mesures qu’il entendait mettre en place pour s’en prendre aux bourgeois français qui profitent largement des paradis fiscaux.

Parmi les noms relevés par les Paradise papers dans la seule île de Man, on trouve Bernard Arnault, actionnaire et dirigeant de LVMH, dont le yacht à 150 millions d’euros est officiellement détenu par la Symphony Yachting Limited.

Les sociétés installées dans les paradis fiscaux, bien souvent sans bureaux ni salariés, ne se contentent pas de mettre des avoirs à l’abri du fisc, comme les 2,5 millions d’euros du couple Cahuzac. Quand elles n’en sont pas des filiales, ces sociétés fonctionnent en plein accord avec les plus grandes entreprises françaises. Dassault ou encore la filiale française d’Airbus ont ainsi aidé de riches acheteurs d’avions privés à échapper à la TVA. Ce sont les mêmes qui voudraient faire accepter des sacrifices aux travailleurs au nom du patriotisme économique.

La dernière réforme de l’ISF de Macron a fait sortir de son périmètre les signes extérieurs de richesse, comme les yachts, les jets privés et autres voitures de luxe. Elle va permettre à ces gens-là de ne même plus avoir à se cacher. Offrir toujours plus aux riches est finalement dans la logique de tous les gouvernements.

Qu’il s’agisse de fraude ou de l’optimisation fiscale organisée tout à fait légalement par de grandes sociétés et couverte par les États, la même logique est à l’œuvre pour organiser l’accumulation du capital, en contribuant le moins possible au fonctionnement de la société.

Gilles BOTI