Nouvelle-Calédonie : L’indépendance, pour qui ?

08 Novembre 2017

Jeudi 2 novembre, sous la direction du Premier ministre, les dirigeants pro et anti-indépendantistes de Nouvelle-Calédonie se sont mis d’accord sur la liste électorale pour le référendum de l’an prochain. Car en novembre 2018 au plus tard, les habitants de cet archipel du Pacifique-Sud doivent décider de leur situation vis-à-vis de la France, à 16 000 km de là : autonomie ou souveraineté complète ?

La Nouvelle-Calédonie, dont deux des trois provinces sont dirigées par des indépendantistes, dispose déjà d’un drapeau et d’un hymne. Mais l’indépendance pourrait entraîner un recul des salaires et des avantages sociaux, et elle ne sera pas forcément le choix de tous les Kanaks, en particulier des 40 % qui vivent en ville, surtout à Nouméa. Quant aux Caldoches riches, l’indépendance peut leur offrir des occasions supplémentaires de profits. Il ne faut pas non plus oublier les immigrés asiatiques, que la France a fait venir pour contrer les Kanaks et qui peuvent peser dans le débat, en fonction entre autres de leur pays d’origine.

Une des principales inconnues reste l’avenir du nickel. L’archipel en est un des principaux producteurs mondiaux, avec les minerais les plus riches. 10 000 salariés en dépendent. La société Le Nickel, du groupe Eramet, a longtemps fait la pluie et le beau temps dans l’archipel. Aujourd’hui, il y a trois sociétés productrices, où les trois provinces ont des participations et dont elles tirent des ressources. Mais depuis 2012 les cours sont en baisse, or de gros investissements seraient nécessaires, entre autres pour préserver l’environnement.

Ces questions économiques pèsent sur les négociations avec l’État français. Les marchandages en cours visent à calmer le mécontentement de la population modeste. Mais pour elle, le problème le plus urgent est la pauvreté qui explose dans les quartiers kanaks de la capitale, Nouméa, où les jeunes sont très nombreux, souvent à la dérive, sans travail ni qualification, en partie illettrés. Et la délinquance pourrit la vie des habitants. À la prison de Camp-Est, plus de 90 % des détenus sont des Kanaks.

Les richesses de l’archipel permettraient peut-être de combattre la pauvreté, si elles étaient employées dans ce but. Mais quand les notables de la Nouvelle-Calédonie évoquent sa prospérité future, ils parlent des sociétés minières, des bourgeois grands et petits, pas des travailleurs, des cultivateurs pauvres ou des habitants des bidonvilles de Nouméa.

Vincent GELAS