Nouvelle-Calédonie : de la révolte à l’accord entre notables

08 Novembre 2017

Aussi bien le Premier ministre que les représentants de différents groupes politiques de Nouvelle-Calédonie se sont félicités de l’accord signé entre eux le 2 novembre, sur l’organisation d’un référendum portant sur l’avenir de l’île.

Les accords de Nouméa de 1998 prévoyaient en effet la tenue d’un scrutin d’auto-détermination pour novembre 2018 au plus tard. Or, qui aura le droit d’être inscrit sur la liste spéciale des électeurs seuls habilités à voter pour un référendum ? Comment trouver un équilibre entre les Kanaks originaires de Nouvelle-Calédonie, les Caldoches venus de métropole et les populations d’Asie du Sud-Est ou des îles françaises du Pacifique qui ont immigré plus récemment ? Comment faire en sorte que, quelle que soit l’issue du référendum, rien de fondamental ne change dans les rapports de domination entre Paris et Nouméa, et sur l’île même ? Tel était le sujet des discussions.

Pendant un siècle et demi, la Nouvelle-Calédonie a été traitée à l’instar des autres colonies françaises et ses richesses ont été pillées par une minorité de colons, tandis que la population autochtone était privée de tout droit. Cette situation ne pouvait qu’engendrer la révolte. Ainsi, en 1984-85, les affrontements furent violemment réprimés, notamment avec l’assassinat du dirigeant indépendantiste Éloi Machoro en 1985. Trois ans plus tard, le 22 avril 1988, un groupe du mouvement indépendantiste FLNKS lança une attaque contre la gendarmerie de l’île d’Ouvéa, tuant quatre gendarmes sur place et retenant les autres en otages dans une grotte. Mais alors que le FLNKS voulait juste négocier plus d’autonomie, le gouvernement Chirac, soutenu par Mitterrand (on était entre les deux tours de l’élection présidentielle) répondit par un déploiement de forces et la répression. Vingt-trois Kanaks furent tués dans l’assaut, ainsi que deux gendarmes, sacrifiés eux aussi afin que continue à régner l’ordre impérialiste.

Après la réélection de Mitterrand, Michel Rocard, devenu Premier ministre, intervint pour négocier des accords ayant pour but d’éviter une révolte de la population kanake, tout en maintenant le statut colonial de l’île ainsi que les privilèges des Caldoches. Pour cela, il accorda plus de prérogatives aux notables des deux camps, ainsi que des crédits de fonctionnement au travers d’un découpage en trois régions. Les Caldoches étaient majoritaires dans la plus riche, au sud, tandis que les représentants kanaks étaient maîtres des deux autres régions, les plus déshéritées. Mais, même si le partage était très inégal, une partie de la petite bourgeoisie kanake voyait son pouvoir accru et en tirait profit, ce qui mettait fin à sa volonté d’indépendance.

Ces accords, dits de Matignon, furent confortés dix ans plus tard par ceux de Nouméa, accordant plus d’autonomie à la Nouvelle-Calédonie et ayant pour perspective l’organisation d’un référendum d’autodétermination... au bout de vingt ans.

En fin manœuvrier, Rocard, distribuant postes et argent à une partie de la petite bourgeoisie kanake, a réussi à désamorcer la révolte de la partie la plus pauvre de la population pour une trentaine d’années. Il a réduit l’autodétermination de la Nouvelle-Calédonie à une consultation électorale sans risque pour les couches privilégiées. Quant à l’inégalité sociale, elle perdure et maintient dans la pauvreté la majorité des Kanaks.

Marianne LAMIRAL