Catalogne, Écosse, Italie… : des tendances séparatistes auxquelles les travailleurs n’ont rien à gagner

08 Novembre 2017

Comme la Catalogne, d’autres régions d’Europe sont le siège de tendances autonomistes, voire indépendantistes. De l’Écosse, à la Belgique ou à l’Italie, de tels mouvements ont connu d’importants succès électoraux. S’il y a bien des différences entre ces situations, ces mouvements expriment au moins une revendication commune : disposer des ressources fiscales régionales en en transférant le moins possible à l’État central.

Région la plus riche d’Espagne, la Catalogne verse à l’État espagnol par le biais des impôts plus d’argent qu’elle n’en reçoit. Toute une partie des indépendantistes mettent en avant l’idée que les Catalans n’ont pas à payer pour le reste de l’Espagne et que la population de la région profiterait davantage de ses ressources si son utilisation était décidée par un pouvoir local.

Les dirigeants de la Lombardie et de la Vénétie, deux des régions les plus riches d’Italie, initiateurs des référendums organisés le 22 octobre, ne disaient pas autre chose : « L’argent vénitien doit rester en Vénétie », a ainsi déclaré le gouverneur de cette région. Les gouverneurs de ces deux régions sont des dirigeants de la Ligue du Nord, parti anti-immigrés qui a eu dans le passé comme objectif l’indépendance de la « Padanie », la région de la plaine du Pô, dans le nord de la péninsule. Ayant abandonné aujourd’hui cette revendication car cette clique politicienne vise le pouvoir central, elle se limite à entretenir la démagogie régionaliste grâce à laquelle elle s’est constitué un électorat

En Écosse, l’organisation d’un nouveau référendum sur l’indépendance a été repoussée à 2019 après l’échec du précédent en septembre 2014. Rien ne dit qu’il ne sera pas à nouveau reporté mais en attendant, les nationalistes du Parti national écossais (SNP), à la direction du pouvoir régional depuis 2007, se comportent de la même façon que les autres politiciens bourgeois, faisant preuve du même clientélisme et affichant le même souci de défendre les intérêts des capitalistes, écossais ou pas.

Qu’ils revendiquent l’indépendance ou seulement une autonomie accrue, ces mouvements ne combattent pas une oppression nationale, ni même culturelle. Ces mouvements expriment l’aspiration des notables et de toute une bourgeoisie, grande et petite, à profiter des ressources locales sans avoir à les partager avec les classes dirigeantes du reste du pays. L’aspiration est d’autant plus forte que la crise et les politiques d’austérité des États ont aiguisé les affrontements entre les différentes fractions des couches dirigeantes pour s’approprier des parts du butin. En même temps, la défense d’un égoïsme régional face à des régions plus pauvres fournit un terrain politique sur lequel gagner le soutien des électeurs, dans la petite bourgeoisie, parmi les travailleurs.

Les travailleurs n’ont aucun intérêt à reprendre à leur compte ces revendications autonomistes ou nationalistes, quelle que soit la démagogie sociale qui les accompagne parfois. Ils n’ont rien à gagner à l’émiettement des pays dans lesquels ils vivent, ni à la création de nouvelles frontières qui ne les protégeraient pas de l’exploitation mais qui les isoleraient un peu plus des travailleurs des régions ou des pays voisins. Le nationalisme ne fait que diviser les travailleurs et les opposer les uns aux autres.

À l’opposé, la lutte des travailleurs doit être internationale. Pour reprendre la formule de Marx : « Les travailleurs n’ont pas de patrie, ils n’ont que des chaînes à perdre ». Quelles que soient leurs origines et leur nationalité, ils ont les mêmes intérêts à défendre et une lutte commune à mener pour défendre leurs intérêts et finalement parvenir à bâtir un monde débarrassé des frontières et de l’exploitation.

Marc RÉMY