Taxe d’habitation : un vrai avantage pour le pouvoir d’achat ?

25 Octobre 2017

L’Assemblée nationale a voté le 21 octobre la suppression de la taxe d’habitation. Cette promesse de campagne de Macron est présentée comme « une vraie mesure de pouvoir d’achat », le ministre des Comptes publics, Darmanin, promettant même qu’elle « rendra 10 milliards d’euros (…) aux concitoyens ».

Avant de voir cette hypothétique promesse se réaliser, les salariés verront d’abord leur pouvoir d’achat baisser, avec, entre autres, l’augmentation de la CSG et la baisse des APL dès 2018. La suppression de la taxe d’habitation sera, elle, étalée sur trois ans, pour être complète en 2020.

Tout le monde ne sera pas concerné. D’après le gouvernement, 80 % des ménages seront exonérés à terme. Peut-être, mais les plafonds de revenus pour bénéficier de cette mesure étant fixés à 49 000 euros annuels pour un couple avec un enfant (revenu fiscal de référence calculé par les impôts après abattement de 10 %), soit un peu plus de 2 000 euros par mois et par personne, bien des familles, y compris dans les quartiers populaires, n’en verront sans doute pas la couleur.

Le gouvernement a bien promis une compensation « à l’euro près » aux communes qui se finançaient principalement avec cet impôt. Mais les maires connaissent la chanson : cela fait des années que l’État se décharge sur les collectivités locales de bien des tâches, sans leur donner les moyens d’y faire face. Il y a donc fort à parier que les maires compenseront cette suppression en augmentant d’autres impôts locaux ou en réduisant encore les services à la population. Pour les familles populaires, ce qui sera éventuellement gagné d’un côté sera donc perdu à coup sûr d’un autre.

La suppression de la taxe d’habitation est avant tout destinée à compenser, dans l’opinion, l’arsenal de mesures antiouvrières du gouvernement, et non à améliorer la vie des classes populaires. Pour l’ensemble des travailleurs par contre, augmenter le pouvoir d’achat, ce serait d’abord augmenter les salaires et, pour cela, prendre sur les profits patronaux. Autant dire qu’il est inutile de compter sur le gouvernement pour cela.

Jacques Le Gall