Harcèlement : la lutte des femmes toujours d’actualité

25 Octobre 2017

Après l’affaire Weinstein, plusieurs dizaines de milliers de femmes se sont emparées du hashtag « Balance ton porc » pour relater le harcèlement qu’elles avaient subi sous différentes formes ou dénoncer leur agresseur. Douze millions ont répondu aux États-Unis en 24 heures au hashtag « Moi aussi ».

Dans ces dénonciations, on trouve, à côté d’actes commis par des anonymes, ceux d’hommes disposant de pouvoir, des réalisateurs bien sûr mais aussi des hommes politiques et dans les entreprises les membres d’une hiérarchie bien souvent masculine. Cela a déplu à certains commentateurs qui critiquent ces révélations en les assimilant à de la délation. D’autres contestent cette démarche en se disant choqués de la référence au porc alors que d’autres encore nient tout simplement les faits en affirmant que les victimes seraient consentantes. Ainsi, le journal italien réactionnaire Libero s’en est pris à l’actrice italienne Asia Argento, qui a dénoncé Harvey Weinstein, en osant écrire : « Céder aux avances de son boss pour faire carrière, c’est de la prostitution, pas un viol. »

La médiatisation de différentes affaires, dont celles de Strauss-Kahn, de Denis Baupin, député d’Europe Écologie Les Verts, ou de Gilbert Rozon, un producteur, plus directement liée à celle de Weinstein, a montré la persistance des rapports de domination des hommes sur les femmes, en particulier quand ces hommes détiennent du pouvoir sur les autres. Elle montre que les femmes de classes aisées sont aussi frappées.

Le nombre de femmes ayant subi une forme de harcèlement de la part de leur entourage ou d’hommes qui ont été ou sont leur supérieur hiérarchique, ou encore d’hommes disposant d’un pouvoir, est bien supérieur au nombre des affaires révélées. Nombre d’entre elles se sont défendues et ont pu éviter que l’agression n’aille trop loin. Mais la plupart du temps, les femmes qui ont dénoncé leur agresseur ou porté plainte ont perdu leur emploi ou ont subi les conséquences de leur geste. En effet, le principal obstacle que doivent affronter celles qui veulent combattre le harcèlement n’est pas la loi du silence dont parle la presse mais la réalité de la domination et de l’oppression.

La presse se félicite à longueur de colonnes de la « parole libérée », mais si parler est nécessaire, ce ne sera pas suffisant, loin s’en faut, pour que cessent ces comportements. Ceux-ci sont encouragés par bien des aspects d’une société dans laquelle la puissance de l’argent et le pouvoir sont légitimés. L’instauration de rapports égalitaires entre hommes et femmes entre en contradiction avec ceux qu’impose la société capitaliste. L’accroissement des inégalités sociales, la précarité du travail, fragilisent encore la situation de millions de femmes et d’hommes et rendent plus difficile la dénonciation de cas de harcèlement par les femmes employées à domicile, ouvrières ou employées de bureau. Dans le passé, pour combattre les différentes formes d’oppression, les femmes ont dû lutter collectivement.

La médiatisation des agissements d’hommes de pouvoir a le mérite de renforcer le camp de celles et ceux qui refusent ces rapports de domination, et d’aider à une prise de conscience de la complaisance dont jouissent les prédateurs sexuels. Mais le combat pour les faire vraiment cesser se confond avec la lutte à mener contre cette société bâtie sur l’exploitation et l’oppression.

Inès Rabah