Syrie-Irak : après Daech, quels nouveaux conflits ?

11 Octobre 2017

Rakka, le dernier fief de l’organisation djihadiste Daech, est en passe d’être repris par les Forces démocratiques syriennes, des milices essentiellement composées de combattants kurdes, avec le soutien militaire des États-Unis. Mais la situation qui se profile, après la défaite de cette organisation État islamique aussi réactionnaire que barbare, est très loin de garantir une stabilité aux populations de la région.

La coalition qui est en train d’écraser Daech a été mise en place par les États-Unis, devant le chaos incontrôlable qu’ils avaient eux-mêmes créé en cherchant à déstabiliser le pouvoir syrien de Bachar al-Assad. Ils n’ont alors pas trouvé d’autre option qu’un retournement complet, faisant le choix de compter sur Assad et ses alliés pour éradiquer Daech.

La Russie, qui avait des bases navale et aérienne dans le pays, a alors pu déployer un arsenal militaire considérable, sous l’œil indifférent et complice des États-Unis. L’Iran a obtenu en juillet 2015, après plus de dix ans de négociation, l’accord international autorisant son industrie nucléaire civile. Et ses forces militaires ainsi que les milices qui lui sont liées ont été associées à la coalition anti-Daech. En Irak, le pouvoir central a pu mener ses offensives contre les djihadistes, largement épaulé par les milices chiites irakiennes à l’idéologie tout aussi rétrograde que Daech, et avec le soutien de l’Iran. Et puis les milices kurdes syriennes et irakiennes, ont, elles, directement reçu le soutien de l’armée américaine, et notamment de son aviation.

Les puissances régionales qui avaient financé et aidé le plus directement Daech, comme l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie, ont été ainsi les perdantes de la volte-face diplomatique américaine.

Mais, aujourd’hui que se pose la question de l’après-Daech, toutes ces alliances peuvent être rebattues, et chacun avance ses pions.

Assad et ses alliés russes veulent reprendre le maximum de territoire, le plus vite possible. Depuis un mois, ils ont intensifié leurs bombardements partout où il y a encore des poches de résistance au régime : dans la banlieue de Damas, à Idlib au nord-ouest du pays, ou encore à Deir ez-Zor dans l’est. Le Comité international de la Croix-Rouge parle de combats d’un degré d’intensité jamais vu depuis janvier 2017. La Turquie se prépare à intervenir militairement à sa frontière, elle aussi dans la région d’Idlib. L’Arabie saoudite et le Qatar, qui ont soutenu et financé les milices djihadistes de tout poil, n’ont pas cessé de le faire, quitte à leur demander de se trouver des noms moins décriés que al-Qaida ou Daech.

Voulant prendre date pour l’avenir, les dirigeants kurdes d’Irak ont organisé un référendum sur l’autonomie de la région qu’ils contrôlent, où le oui a obtenu plus de 90 % des voix, avec un taux de participation de plus de 70 %. Le pouvoir central irakien ainsi que l’Iran et la Turquie ont haussé le ton, une façon d’avertir leurs propres minorités kurdes qu’il n’est pas question qu’elles suivent cet exemple. C’est tout au plus un statu quo qui peut s’instaurer, avec des territoires kurdes devenus autonomes de fait, sans qu’on sache pour combien de temps.

En tant que puissance impérialiste dominante, il reste à savoir ce que sera la politique des États-Unis. Les avertissements provocateurs de Trump à l’encontre du régime iranien et ses menaces de rompre l’accord sur le nucléaire signé par Obama montrent que les États-Unis voudraient faire monter la pression vis-à-vis de l’Iran, maintenant que le problème de Daech se règle. Mais les conflits entre leurs différents alliés les paralysent, au point que le renforcement du régime d’Assad et de la présence russe reste jusqu’à présent un moindre mal pour eux.

Les puissances impérialistes, États-Unis en tête, auraient intérêt à trouver une certaine stabilité dans la région, car celle-ci pourrait ouvrir les marchés de la reconstruction de ces pays dévastés. Bien des grands groupes industriels et financiers occidentaux salivent à l’idée de ce que cela pourrait leur rapporter. Mais tout ce sur quoi l’impérialisme s’est appuyé à un moment ou à un autre pour mener à bien sa politique, les rivalités entre puissances régionales, le développement des milices et l’affaiblissement des États irakien et syrien, l’éclatement de ces pays entre zones dominées par des milices concurrentes, tout cela laisse une situation explosive, grosse de nouveaux conflits.

La fin de Daech n’est pas la fin de ce bourbier. Et la fin du calvaire pour les populations de la région est loin d’être acquise.

Pierre ROYAN