Europe : expulsions scandaleuses

11 Octobre 2017

Début octobre, la Cimade, une association d’aide aux étrangers, et Amnesty International publiaient un rapport intitulé « Retour forcé vers l’insécurité » et demandaient aux gouvernements français et européens de suspendre les expulsions d’Afghans vers leur pays d’origine.

En effet les expulsions d’Afghans déboutés du droit d’asile par des pays européens ont triplé entre 2015 et 2016, alors qu’en Afghanistan la violence contre des civils s’aggravait. Le 31 mai dernier, un attentat à Kaboul, le plus meurtrier depuis 2001, a fait plus de 150 morts. Mais c’est tous les jours qu’il y a des attentats, des civils enlevés, torturés ou assassinés. Cela n’empêche pas les pays européens de prétendre, contre toute réalité, qu’il existe des villes ou des régions sûres en Afghanistan, dont Kaboul ferait selon eux partie, afin de justifier leur refus d’accorder l’asile à de nombreux Afghans.

Certains Afghans expulsés sont des Hazaras, une minorité persécutée dans ce pays, que les autorités européennes renvoient, en connaissance de cause. D’autres sont des mineurs ou des jeunes majeurs arrivés en Europe lorsqu’ils étaient mineurs. Beaucoup n’ont plus d’attache en Afghanistan qu’ils ont quitté depuis plusieurs années.

Cette multiplication des expulsions correspond à un accord, imposé au gouvernement afghan par l’Union européenne en octobre 2016, qui prévoyait le retour de 80 000 Afghans déboutés du droit d’asile, en échange de quoi Kaboul devrait recevoir 5 milliards d’euros d’ici à 2020. Un ministre afghan avait alors déclaré à propos de cet accord : « C’est une coupe de poison que nous devons boire. »

Les dirigeants européens, et le gouvernement français le premier, sont bien conscients de la situation dramatique vers laquelle ils renvoient hommes, femmes et enfants qui cherchaient à y échapper. D’autant plus que les gouvernements sont largement responsables, par leur politique économique et leurs interventions, du chaos dans lequel s’enfoncent des régions entières de la planète.

Hélène COMTE