Collectivités locales : étranglés… et étrangleurs

11 Octobre 2017

Les maires de certaines communes ont choisi de fermer leurs services publics pour une journée. Ils veulent ainsi protester contre les mesures gouvernementales qui vont étrangler les collectivités locales et retomber sur la population, même si dans bien des communes importantes les élus pourraient trouver d’autres moyens d’augmenter leurs ressources.

Aucun maire ne peut croire que la suppression progressive de la taxe d’habitation sera compensée à l’euro près, comme s’y est engagé le gouvernement. Ils savent d’expérience qu’en matière de compensation les promesses ne sont jamais tenues. À cela s’ajoute la diminution massive du nombre d’emplois aidés. En payant en partie le salaire des employés communaux travaillant sous ce statut dans les écoles, les crèches, les services de propreté, l’État permettait depuis des années aux communes de financer des services utiles à la population sans puiser dans leurs ressources propres et quitte à maintenir dans la précarité ces employés.

Macron demande aussi aux collectivités territoriales, communes, régions, départements, de faire 13 milliards d’économies dans les années qui viennent, allant ainsi au-delà de son programme électoral qui limitait la note à 10 milliards. Toutes ces ponctions viennent après des années de restrictions. Lors du quinquennat précédent, 10 milliards d’euros avaient déjà été enlevés aux communes.

Bien des maires sont réellement inquiets pour les habitants de leur ville, mais d’autres, dans les grosses communes, font preuve d’une bonne dose d’hypocrisie en prétendant qu’ils n’auraient d’autre choix que de faire payer la population. Le maire d’Évreux, Guy Lefrand, qui avec une centaine d’élus de l’Eure a ouvert mercredi 4 octobre la série des journées sans service public, en est l’illustration. Il définissait ainsi le but de cette journée : « Simplement une journée, c’est dur pour la population. Imaginez lorsque ce sera définitif, lorsqu’il n’y aura plus de cantine, lorsqu’on ne réparera plus les routes, lorsqu’on ne ramassera plus les déchets. » Il aurait pu y ajouter la perspective du chômage pour les employés en contrat aidés.

Le maire n’envisageait pourtant pas un instant de revenir sur les exonérations fiscales dont bénéficient depuis des années les entreprises qui s’installent dans la zone franche située à l’entrée de la ville et sans cesse en expansion. Une philosophie en tous points semblable à celle d’un certain Bruno Le Maire, qui figurait sur sa liste aux dernières municipales avant de rallier Macron pour devenir ministre de l’Économie.

C’est uniquement pour financer ses cadeaux au grand patronat que Macron ponctionne les finances des collectivités locales. Ce n’est donc pas à la population d’en payer le prix.

Daniel MESCLA