Une campagne odieuse : « aisés », les retraités ?

04 Octobre 2017

La manifestation annuelle des retraités, qui s’est tenue jeudi 28 septembre, a rassemblé plus de mécontents que d’habitude, et pour cause ! Ceux que certains médias se complaisent à traiter de retraités aisés, répétant comme des perroquets la propagande gouvernementale, subissent des atteintes accrues à leur niveau de vie sous le fallacieux prétexte de solidarité avec les jeunes.

Macron avait annoncé la couleur avant son élection. « Aux plus aisés des retraités, je leur demanderai un effort », avait-il déclaré. Mais, pour lui et ses ministres, avec 1 200 euros par mois on deviendrait un nanti. Car c’est à partir de ce seuil que les retraités verront leur CSG augmenter de 1,7 % au 1er janvier, soit une ponction d’au moins 20 euros par mois. 60 % des retraités vont être touchés par cette mesure.

Par ailleurs 560 000 retraités, sur quelque quatorze millions, ne touchent que 800 euros au titre de l’allocation de solidarité pour personnes âgées, et d’autres doivent se contenter de 1 037 euros de retraite de base, soit 22 euros au-dessus du seuil de pauvreté ! Et cela à condition d’avoir cotisé un nombre suffisant d’annuités, ce qui est loin d’être le cas pour tous. Compte tenu du nombre de carrières incomplètes, la Caisse nationale d’assurance vieillesse a calculé que la retraite moyenne se situe à 687 euros par mois, en divisant le montant total de ce qu’elle verse par le nombre d’allocataires.

La plupart des retraités connaissent un blocage de leur pension depuis 2013, ce qui représente une perte de pouvoir d’achat de 3,6 %. Pour les fonctionnaires, elle reste bloquée, et aux autres on a promis une augmentation de 0,8 % – ce qui est déjà minime – au 1er octobre, mais le gouvernement la repousse maintenant au 1er janvier. Quant aux retraites complémentaires, qui représentent souvent une part importante de la pension, elles ne bougeront pas.

Malgré toutes ces ponctions sur leur niveau de vie et le bas niveau de la plupart des pensions, le gouvernement et les médias ne cessent de stigmatiser les retraités, laissant croire qu’ils mènent la grande vie sans se soucier des difficultés des autres, et qu’ils ne mériteraient pas qu’on leur verse un argent dont ils n’ont nul besoin. Mais cet argent que les retraités perçoivent, d’où sort-il, si ce n’est de leur poche ? Mois après mois, pendant toute une vie de travail, une partie de leur salaire leur a été prélevée pour financer des caisses de retraite. Il s’agit de leurs économies, pas de l’argent qu’ils auraient volé à l’État ou à plus pauvres qu’eux. Quant à reprocher aux retraités leur manque de solidarité, c’est oublier qu’ils sont bien nombreux ceux qui, en dépit d’une petite retraite, se privent pour aider des jeunes de leur famille au chômage.

Tant mieux si, après plus de quarante ans de travail, un certain nombre d’entre eux vivent convenablement, sans avoir à trop se soucier du lendemain. Ce n’est rien en comparaison de ce que leur travail a rapporté à leurs employeurs, et ce n’est qu’une goutte dans l’océan de la richesse des possédants.

Marianne LAMIRAL