Catalogne : à l’heure des affrontements politiciens

27 Septembre 2017

À quelques jours du 1er octobre, date choisie par les dirigeants de la Généralité de Catalogne pour l’organisation du référendum pour décider de son indépendance, la tension est montée d’un cran. En particulier lorsque Mariano Rajoy, à la tête du gouvernement central de Madrid, a décidé de faire saisir un million de bulletins de vote destinés à ce scrutin, en même temps qu’il engageait des poursuites contre une dizaine de maires catalanistes, ajoutant entre autres rodomontades que ce référendum, déclaré illégal, n’aurait pas lieu.

Depuis les mises en scène se succèdent ostensiblement, en même temps que Rajoy organise l’envoi de troupes de répression en direction de Barcelone. Cette posture autoritaire a soulevé une indignation, amplement justifiée, et pas seulement en Catalogne, et pas seulement dans les milieux catalanistes. Mais ces opérations, loin d’atteindre l’objectif recherché, loin d’intimider, ont contribué à renforcer et à solidariser la fraction de la population de Catalogne qui a le sentiment d’être sous la férule de Madrid. À ce petit jeu dans lequel on voit s’affronter deux cliques politiciennes de droite, bien malin qui peut prévoir l’évolution et l’issue de ces surenchères.

Des déclarations récentes de Carles Puigdemont, président de la Généralité de Catalogne et chef de file des indépendantistes, laissent entrevoir qu’en cas de victoire du oui, le 1er octobre, une phase de négociations et de marchandages s’ouvrirait afin de mettre en place la toute nouvelle république de Catalogne. Sur quelle base, à quel rythme, selon quelles modalités ? Il se garde bien de le préciser dans cette partie de poker menteur qui est en train de se jouer.

La seule certitude, c’est que, quelle que soit l’issue du scrutin de dimanche prochain, les travailleurs, aussi bien ceux qui vivent en Catalogne – qui sont loin d’être tous Catalans – que ceux qui vivent dans le reste de l’Espagne seront les perdants. Ils sortiront affaiblis, divisés, désorientés par toutes ces manœuvres qui ne les concernent en aucune façon. En Catalogne, si les indépendantistes l’emportent, les attaques contre les droits et les conditions de travail se poursuivront de plus belle. Les classes populaires seront confrontées à un pouvoir d’autant plus arrogant qu’il pourra se revendiquer d’une légitimité fondée sur une union nationale confirmée par les urnes. Les coupes budgétaires continueront, plus fortes qu’avant, au nom de la nécessité de défendre la nation et son économie. Un scénario classique.

Quant à Rajoy et à la droite qui gouvernent actuellement à Madrid, ils tireront eux aussi profit de cet affrontement, quelle qu’en soit l’issue, sinon sur le plan international, du moins vis-à-vis des classes laborieuses. Ils prendront prétexte de l’épreuve traversée, de l’autorité dont ils ont su faire preuve, pour imposer eux aussi, des efforts et des sacrifices aux classes laborieuses qui devront accepter de se serrer la ceinture d’un ou plusieurs crans supplémentaires, et taire leurs exigences.

En aucune façon le monde du travail ne doit se sentir concerné, ni solidaire d’affrontements entre politiciens qui se disputent les postes pour mieux se vendre à telle ou telle fraction de la bourgeoisie, locale, régionale, nationale, voire internationale. L’unique indépendance qui corresponde à ses intérêts est l’indépendance politique, l’indépendance de classe par-delà les clivages, les frontières mises en place pour le diviser.

Henriette MAUTHEY