Septembre 1917 : face à la catastrophe imminente

13 Septembre 2017

Plus de six mois après février 1917, la crise est générale en Russie, notamment sur le plan économique. En même temps que l’influence de la politique des bolcheviks croît dans les soviets, les capitalistes sabotent l’économie, aidés par l’inaction du gouvernement provisoire. Dans cette situation où la lutte entre les classes sociales s’exacerbe, Lénine écrit La catastrophe imminente et les moyens de la conjurer. Il y affirme que, face à la passivité du gouvernement et aux manœuvres de la bourgeoisie, le prolétariat révolutionnaire doit imposer le contrôle et la surveillance de l’économie. C’est le seul moyen d’éviter la crise généralisée, tout en ralliant à la cause de la révolution la masse des paysans pauvres.

« La Russie est menacée d’une catastrophe certaine. Les transports ferroviaires sont incroyablement désorganisés et cette désorganisation s’aggrave. (…) Sciemment, sans relâche, les capitalistes sabotent la production, dans l’espoir que cette catastrophe sans précédent entraînera la faillite de la République et de la démocratie des soviets et, en général, des associations prolétariennes et paysannes, en facilitant le retour à la monarchie et à la restauration de la toute-puissance de la bourgeoisie et des grands propriétaires fonciers. (…)

Or, il suffit d’un minimum d’attention et de réflexion pour se convaincre qu’il existe des moyens de combattre la catastrophe et la famine, que les mesures à prendre sont tout à fait claires, simples, parfaitement réalisables, pleinement à la mesure des forces du peuple, et que si ces mesures ne sont pas prises, c’est uniquement et exclusivement parce que leur application porterait atteinte aux profits exorbitants d’une poignée de grands propriétaires fonciers et de capitalistes. (…)

Cette mesure, c’est le contrôle, la surveillance, le recensement, la réglementation par l’État ; la répartition rationnelle de la main-d’œuvre dans la production et la distribution des produits, l’économie des forces populaires, la suppression de tout gaspillage de ces forces, qu’il faut ménager. Le contrôle, la surveillance, le recensement, voilà le premier mot de la lutte contre la catastrophe et la famine. (…)

Pour mieux faire comprendre cette question capitale (qui est en somme la question du programme de tout gouvernement vraiment révolutionnaire désireux de sauver la Russie de la guerre et de la famine), nous allons énumérer ces principales mesures de contrôle et les examiner l’une après l’autre.

Nous verrons qu’il aurait suffi à un gouvernement intitulé démocratique révolutionnaire autrement que par dérision, de décréter dès la première semaine de son existence l’application des principales mesures de contrôle, d’établir des sanctions sérieuses, des sanctions d’importance contre les capitalistes qui essaient de se soustraire frauduleusement à ce contrôle, et d’inviter la population à surveiller elle-même les capitalistes, à veiller à ce qu’ils se conforment scrupuleusement aux décisions sur le contrôle, pour que celui-ci soit depuis longtemps appliqué en Russie ».

Lénine énumérait ensuite et développait les principales mesures permettant ce contrôle des masses sur l’économie, parmi lesquelles la fusion de toutes les banques en une seule dont les opérations seraient contrôlées par l’État, la nationalisation des groupements monopolistes capitalistes les plus importants, la suppression du secret commercial.

À propos des banques, il soulignait : « Seul le contrôle exercé sur la banque, ce centre, ce principal pivot et ce mécanisme essentiel du trafic capitaliste, permettrait d’organiser, dans les faits et non en paroles, le contrôle de toute la vie économique, de la production et de la répartition des principaux produits ; il permettrait d’organiser la réglementation de la vie économique qui, sans cela, est infailliblement vouée à n’être qu’une phrase ministérielle destinée à duper le bon peuple ».

Le texte se concluait ainsi : « Dans la Russie actuelle, la démocratie doit, pour être vraiment révolutionnaire, s’unir étroitement au prolétariat, le soutenir dans la lutte qu’il mène en tant que seule classe révolutionnaire jusqu’au bout.

Telle est la conclusion où conduit l’examen des moyens de conjurer une catastrophe imminente d’une ampleur inouïe. La guerre a engendré une crise si étendue, bandé à tel point les forces matérielles et morales du peuple, porté des coups si rudes à toute l’organisation sociale actuelle, que l’humanité se trouve placée devant cette alternative : ou bien périr, ou bien confier son sort à la classe la plus révolutionnaire, afin de passer aussi rapidement et radicalement que possible à un mode supérieur de production. »