Berger et Mailly : plutôt mentir que combattre

13 Septembre 2017

Au moment où des centaines de milliers de travailleurs sont dans la rue, les directions des syndicats CFDT, FO et CFE-CGC se trouvent quelque peu dépitées. Mais ce n’est pas la gravité des attaques antiouvrières contenues dans les ordonnances qui les inquiète.

Berger, de la CFDT, et Mailly, de FO, savaient comme tout le monde que Macron entendait poursuivre la politique propatronale de ses prédécesseurs, et donc aggraver les attaques antiouvrières. Mais ces dirigeants syndicaux et quelques-uns de leurs collègues espéraient au moins que le gouvernement leur offre, à eux, quelques compensations. Ils n’ont eu que le droit de passer leur mois d’août à écouter respectueusement les élucubrations de quelques sous-ministres. Puis, la pièce terminée, les figurants ont été remerciés. Il n’est pas question d’accorder des droits supplémentaires aux bureaucraties syndicales, c’est même le contraire qui se profile.

Alors Berger se dit déçu mais affirme quand même que « peser est moins spectaculaire que les manifestations, mais tellement plus efficace ». Mais quand et où les suppliques désarmées du dirigeant de la CFDT ont-elles été efficaces pour la défense des travailleurs ? Quel coup leur a-t-il jamais évité ? Quel renoncement n’a-t-il pas signé ? Enfin, lorsque des militants de la CFDT se rendent à l’évidence et affirment qu’il faut combattre immédiatement et dans la rue les projets du gouvernement, Berger ne trouve qu’un argument : « La CFDT ne répond pas aux convocations de la CGT. » Elle se précipite en revanche, ventre à terre, à celles de Macron et du patronat.

Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO, a passé son été à expliquer la profonde différence entre Hollande et Macron. Hollande n’avait pas cru bon de convoquer les syndicats pour discuter de la loi El Khomri, ce qui avait entraîné la colère de FO et sa participation aux journées d’action. Macron en revanche a organisé des heures de « réelle concertation » et les dirigeants de FO se sont prêtés au jeu. Après quoi Mailly a tenté de prouver que son syndicat avait arraché des concessions. Il n’a convaincu personne, même pas ses propres militants dont un certain nombre participent aux manifestations et appellent déjà à se joindre aux suivantes. En vertu de quoi Mailly a fini par déclarer « ne pas exclure d’attaquer juridiquement certaines ordonnances ». Les patrons et les ministres doivent être terrorisés !

La direction de la confédération des cadres, la CFE-CGC, avait, elle, depuis le début affirmé avec raison que les dispositions contenues dans les ordonnances ne créeraient aucun emploi et accroîtraient la précarité. Cela ne l’a pas empêchée, pas plus que celle de la CGT d’ailleurs, de participer à la comédie des réunions de juillet et août. Et, surtout, cela ne l’a pas conduite à appeler les travailleurs à manifester. Le prétexte trouvé est assez mince : la CGT n’aurait consulté personne sur la date de la manifestation. Alors la CFE-CGC prétend arracher des améliorations dans les négociations d’entreprise, comme si on pouvait obtenir par la bande ce qu’on n’a pas pu imposer de front.

Les dirigeants de ces confédérations mentent, en transformant des reculs de la condition ouvrière en victoires d’un prétendu dialogue social.

Paul GALOIS